La conseillère aux Etats socialiste Liliane Maury Pasquier fait parler d’elle au Conseil de l’Europe. Elle joue depuis avril un rôle important dans le combat pour la mise à l’écart de l’actuel président de l’Assemblée parlementaire, l’Espagnol Pedro Agramunt. C’est elle qui a rapporté sur le nouveau règlement qui permettra la destitution de celui-ci. Mais la sénatrice genevoise a raté un autre objectif, ainsi que le relatait mercredi le Tages-Anzeiger: accéder elle-même au perchoir de cette institution.

Le Temps: C’est au tour des socialistes de présider l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Vous étiez candidate, mais votre groupe a préféré votre collègue italien Michele Nicoletti. Que s’est-il passé?

Liliane Maury Pasquier: Michele Nicoletti est le chef du groupe socialiste et une règle non écrite veut que ce soient les chefs de groupe qu’on présente pour la présidence, qui tourne tous les deux ans. J’ai voulu chambouler tout cela, car ce prérequis d’être chef de groupe renforce encore les candidatures masculines. Seules deux femmes ont présidé l’Assemblée depuis la fondation du Conseil de l’Europe, en 1949! Mais ce n’était pas qu’une candidature de combat, j’ai pensé que cela pouvait réussir.

Cela aurait été le sommet de votre carrière politique…

J’y aurais trouvé en tout cas le même intérêt que pour la présidence du Conseil national, avec la possibilité de représenter, en tant que femme de surcroît, le parlement dans toute sa richesse et dans les 47 pays du continent.

Vous êtes au premier plan dans la procédure contre l’actuel président Pedro Agramunt, ayant défendu la modification réglementaire qui permet de le destituer. Voyez-vous un lien avec l’échec de votre propre candidature?

Aucun lien! Au contraire, j’aurais sans doute fait un moins bon résultat sans la visibilité que m­’a donnée ce travail sur la présidence (la Suissesse a obtenu 25 voix, contre 42 pour son collègue italien, ndlr).

Pourquoi tenez-vous tant à la déchéance de l’actuel président?

Tous les groupes politiques, y compris le sien, celui des démocrates-chrétiens, se sont révoltés contre lui! Le rapport de confiance est complètement rompu. Le climat est délétère depuis le début de l’année, avec les allégations de corruption au sein de notre Assemblée, qui ont été relayées notamment par des ONG et par la presse italienne. Pedro Agramunt, sans être accusé formellement, était déjà cité dans ce contexte. Puis il s’est rendu en Syrie, où il a rencontré le président Bachar el-Assad, sans en avoir du tout référé à notre Assemblée. Tout cela dans un avion militaire russe, à l’invitation d’un groupe de parlementaires russes qui boycottent nos travaux depuis l’affaire de la Crimée.

Pedro Agramunt résiste à son exclusion, comment voyez-vous la sortie de la crise?

Le nouveau règlement, qui permet de le destituer, est en vigueur. La motion de défiance qui doit introduire cette procédure a été déposée vendredi. Elle devrait recueillir un nombre suffisant de signatures pour aller de l’avant. L’Assemblée parlementaire votera dès la rentrée, le 9 octobre. La majorité des deux tiers est requise. Mais on s’attend en effet à ce que Pedro Agramunt saisisse la justice.

Si tous les groupes sont contre lui, comment expliquez-vous son attitude?

C’est un comportement inattendu et complètement incompréhensible. Il est déplorable que le Conseil de l’Europe connaisse cette crise institutionnelle alors même où nous aurions besoin d’être forts pour défendre la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit, qui sont menacés dans plusieurs pays sur le territoire même de l’Europe.

Vous avez raté la présidence de l’Assemblée parlementaire, mais du coup celle du groupe socialiste pourrait s’ouvrir…

Cette élection aura lieu début octobre aussi. J’ai annoncé mon intérêt, je pense que les femmes socialistes me soutiennent, mais rien n’est joué.