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Liliane Valceschini, celle qui a sonné le réveil

Ouvrière dans l’horlogerie de la vallée de Joux, la syndicaliste vaudoise, indignée des discriminations salariales, est celle qui a donné l’idée de la grève des femmes du 14 juin 1991 à Christiane Brunner. Aujourd’hui, elle est heureuse de voir les jeunes reprendre le flambeau

Ce vendredi 14 juin a lieu la deuxième grève des femmes de l’histoire suisse. Le Temps publie une série d’articles sur les enjeux mis en lumière par cette mobilisation.

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Pour être franc, Liliane Valceschini a d’abord refusé tout net l’idée d’un entretien avec Le Temps. A deux reprises. L’ancienne ouvrière en horlogerie de la vallée de Joux a la rudesse des gens de la montagne et la retenue de ceux qui ont travaillé toute leur vie de leurs mains. Mais il était impossible d’imaginer notre numéro spécial de ce 13 juin 2019, veille de, sans un portrait de cette énergique femme de 82 ans. Car sans elle, il n’y aurait pas eu de grève le 14 juin 1991. C’est en effet la Vaudoise qui a donné l’idée d’une journée de débrayage à Christiane Brunner. Alors, il a fallu insister pour la persuader d’ouvrir la porte de son appartement d’Yverdon-les-Bains, où elle vit aujourd’hui, et de revenir sur cette aventure qui marqua l’histoire des droits des femmes de ce pays.

«Tout a commencé une soirée de 1990 à Berne, j’y étais pour une réunion syndicale», commence Liliane Valceschini, qui était présidente de la section de la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l’horlogerie (FTMH) de la vallée de Joux. «Nous avions fini tard et mangions dans l’un des rares restaurants encore ouverts. Il y avait notamment Christiane [Christiane Brunner, alors membre du secrétariat central de la FTMH, ndlr]. Je râlais, car presque dix ans auparavant, le 14 juin 1981, le principe du salaire égal pour un travail égal avait été inscrit dans la Constitution fédérale et que, depuis, strictement rien n’avait changé.» La Combière tape du poing: il faut organiser un événement marquant pour l’anniversaire du 14 juin 1991. «J’ai lancé l’idée d’une grève. Et comme je m’enflammais à imaginer toutes les femmes du pays s’arrêtant de travailler, j’ai vu le regard de Christiane s’illuminer…»