Un Philippin en gants blancs ouvre le portail de la résidence de l'ambassadeur du Liechtenstein, vaste villa moderne située dans le quartier diplomatique de Berne. Le maître des lieux, S.A.S. Wolfgang von und zu Liechtenstein, n'est autre que l'oncle du prince régnant, Hans-Adam II. Cette parenté souligne l'importance qu'accorde le Liechtenstein à sa relation symbiotique – même monnaie, même espace douanier – avec la Suisse. Plus que jamais, a expliqué l'ambassadeur au Temps, le Liechtenstein compte sur l'aide de la Suisse pour se sortir de la crise provoquée par les accusations de blanchiment d'argent (lire Le Temps du 8 janvier).

Le Temps: Avez-vous été surpris par les critiques qui se sont abattues sur le Liechtenstein depuis la publication du rapport des services de renseignement allemands?

Wolfgang de Liechtenstein: Nous sommes habitués à ce genre de traitement de la part de la presse et je m'attendais à de nouvelles accusations concernant l'évasion fiscale depuis l'Allemagne. Mais pas à des accusations de cette ampleur, où l'on affirme que l'Etat, la justice, la police, les banques et les fiduciaires complotent pour recycler l'argent du crime organisé au Liechtenstein.

– Est-ce un hasard si ces accusations viennent au moment où les pays du G-7 et l'Union européenne entendent lutter davantage contre la criminalité économique et les paradis fiscaux?

– Est-il concevable que des fonctionnaires allemands utilisent un magazine comme le Spiegel pour faire pression sur le Liechtenstein? Je ne peux pas l'imaginer. Certains prennent cette théorie au sérieux, mais un tel procédé me semble indigne d'un gouvernement européen.

– Le Liechtenstein ne se sent-il pas isolé face à de telles attaques?

– En tant qu'ambassadeur en Suisse, je ne me sens pas isolé du tout, mais, d'un autre côté, je ne sais pas comment le Suisse ordinaire réagira à ces accusations. Il y a dix, vingt ans, le Liechtenstein avait l'image d'un petit pays sympathique et dépendant de la Suisse. Aujourd'hui, les Suisses connaissent le Liechtenstein moins bien qu'avant. Je crains que les gens ne voient notre pays comme si riche qu'il ne sait plus quoi faire de son argent. Si on fait le lien entre cette richesse et le crime organisé, il y a un danger que notre image soit complètement détruite.

– Que pouvez-vous faire contre cela?

– Il faut réfléchir à ces problèmes de blanchiment, même si seulement 1% des accusations sont vraies. Il faut mettre en valeur le côté positif de notre richesse, par exemple pour l'emploi dans notre région – 10 000 Suisses et Autrichiens viennent chaque jour travailler au Liechtenstein. Mais ces faits n'ont pas de news value, ce qui me cause beaucoup de souci. Je sens une certaine impuissance. Comment communiquer quel-que chose de moins croustillant que les accusations lancées contre nous?

– Les magistrats suisses se plaignent de la difficulté de coopérer avec la justice liechtensteinoise. Quelles conséquences cette crise peut-elle avoir sur vos relations avec la Suisse?

– Je crois que la Suisse comprend que notre pays a besoin de son aide. Nos relations sont excellentes. S'il s'avère que les accusations portées contre nous sont vraies, cela changera. Mais je ne crois pas du tout à cette éventualité, et la Suisse non plus. Concernant l'entraide judiciaire, le Liechtenstein a accepté une modification de sa législation, proposée par la Suisse. Le problème est que l'administration de notre pays est très économe. A l'avenir, il sera sans doute nécessaire de l'être moins et d'avoir plus de moyens pour contrôler la place financière. Le défi est le même que pour la Suisse, nous sommes dans le même bateau. Le problème est de trouver les fonctionnaires compétents, de recruter. A cet égard, une coopération renforcée avec la Suisse pourrait être utile.

• Une mission d'information parlementaire française qui doit se rendre vendredi à Vaduz se dit déçue de ne pas être reçue par le premier ministre liechtensteinois Mario Frick. La mission enquête sur le blanchiment des capitaux en Europe. Dans une lettre adressée mercredi à Mario Frick, le président de la mission d'information, Vincent Peillon fait part de son «étonnement affligé» devant le programme qui est proposé aux députés français lors de leur halte à Vaduz. (ATS)