C’est une surprise de taille. En baisse constante depuis 2010, la consommation de vins suisses a augmenté de plus de 10% en 2013, selon les chiffres publiés ce mardi par l’Office fédéral de l’agriculture. Au total, les Helvètes ont bu 272,5 millions de litres l’an dernier (+2%), dont 107 millions de litres de vins du cru (+10,2%). Le vin blanc a enregistré la plus forte hausse (+ 7 millions, à 53 millions de litres).

Pour Laurent Favre, conseiller national (PLR/NE) et président de l’Interprofession de la vigne et des vins suisses (IVVS), ce rebond constitue «une bonne surprise». Et un encouragement «à maintenir nos efforts sur la qualité, l’innovation et la promotion». Entretien.

Le Temps: Les vins suisses ont gagné des parts de marché (+3%) par rapport aux crus étrangers en 2013 avec une hausse de la consommation qui dépasse les 10%. C’est du jamais vu depuis plus de 20 ans. Comment l’expliquez-vous?

Laurent Favre: Depuis deux ou trois ans, nous avons mis un accent marqué sur la promotion et la communication. L’image des vins suisses s’est nettement améliorée auprès des consommateurs selon l’étude indépendante de MIS-Trend. C’est un point très important. En lien au franc fort, des efforts complémentaires ont aussi été faits pour augmenter encore le rapport qualité/prix des vins suisses. Au point que les vignerons n’ont pas toujours pu couvrir leurs frais de production dans le moyen de gamme et les vins de pays.

– Justement, le parlement a débloqué 10 millions de francs en 2012 pour assainir les stocks en déclassant des vins bénéficiant de l’AOC en vins de table. La branche n’a-t-elle pas dramatisé la situation à l’époque?

– Non, le défi de compétitivité pour l’économie suisse en lien avec le franc fort est une réalité. Le Conseil fédéral a proposé 870 millions de francs fin 2011 pour amortir le choc pour l’ensemble de l’économie. La viticulture a demandé un coup de pouce pour pouvoir écouler des stocks devenus trop chers. Au final, 4,6 de 10 millions votés par le parlement ont été utilisés pour déclasser 3,1 millions de litres. J’estime que 1 million de litres ont été écoulés en 2013. Cela a aussi aidé à obtenir ce beau résultat.

– En l’absence d’un observatoire du marché viticole, il est impossible de savoir quels sont les segments de marché qui ont profité de ce rebond…

– Oui, c’est un problème identifié depuis de longue date. Un observatoire a été lancé il y a une dizaine d’années, mais il a avorté avec la faillite de Swiss Wine Communication, l’ancienne structure de promotion des vins suisses. Depuis plus d’une année, nous travaillons à relancer un tel outil grâce aux efforts de l’Ecole d’ingénieurs de Changins et de Swiss Wine Promotion (SWP), le nouvel organe de promotion. L’observatoire suisse des vins devrait voir le jour cette année encore. Il devrait publier un premier rapport en mars 2015.

– Quelles sont les priorités de l’IVVS et de SWP pour tenter de consolider cette hausse de la consommation des vins suisses?

– Nous allons continuer à mettre l’accent sur l’innovation, la qualité et la promotion. Nous avons plusieurs projets en cours. La mise en place d’une signalisation commune pour les vins suisses est en bonne voie. L’idée est de proposer aux encaveurs d’identifier leurs bouteilles d’une collerette aux couleurs nationales sur le modèle de la banderole autrichienne.