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Devant le bâtiment de la mosquée An'Nour, ce mercredi 2 novembre 2016.
© WALTER BIERI

Islamisme

L'imam de la mosquée de Winterthour arrêté pour appel au meurtre

La police cantonale de Zurich a perquisitionné la mosquée de Winterthour, soupçonnée depuis plusieurs mois d’avoir joué un rôle dans la radicalisation de jeunes partis pour le djihad. Son imam a appelé au meurtre des musulmans qui ne prient pas en communauté

Mercredi matin, une agitation inhabituelle s’est emparée de la zone industrielle de Winterthour, autour de la gare de Hegi. Au lever du jour, des agents de la police cantonale zurichoise ont fouillé les locaux qui abritent la mosquée An’Nour. Ils ont arrêté cinq personnes qui logeaient sur place, dont l’imam. Le Ministère public zurichois a ouvert une procédure contre ce jeune éthiopien pour provocation publique au crime et à la violence, ainsi que contre trois autres individus, interpellés par la police à leur domicile le même jour.

Celui qui endossait depuis quelques semaines seulement le rôle de prédicateur s’en est pris aux musulmans qui ne prient pas en communauté dans la mosquée. Ces derniers doivent être tués, aurait-il déclaré lors d’un prêche le 21 octobre. Il aurait aussi encouragé les fidèles présents à dénoncer ceux qui manquent d’assiduité. C’est ce qu’a expliqué le Ministère public zurichois sur place, face aux médias regroupés devant la porte close de la mosquée, alors que s’achevait la perquisition de la police hier matin.

Le rôle des trois autres accusés n’est pour l’heure pas clair. Ils font eux aussi l’objet d’une enquête pour provocation publique au crime et à la violence. Quant aux quatre hommes interpellés dans la mosquée en même temps que l’imam, des Algériens et Tunisiens âgés de 23 à 35 ans, ils sont accusés d’infraction à la loi sur les étrangers ou de séjour illégal en Suisse. En tout, huit personnes ont été arrêtées hier à Winterthour. Pour ne rien arranger, la ville va aussi enquêter sur les cuisines et les installations anti-incendie de la mosquée.

Histoire mouvementée

C’est la première fois que l’association An’Nour fait l’objet d’une perquisition. Mais ce n’est qu’un épisode de plus dans l’histoire mouvementée de cette organisation islamique dont l’avenir est un peu plus compromis. Après s’être vu refuser la prolongation du bail par la petite agence immobilière qui lui louait ses locaux à Winterthour depuis 2008, c’est désormais l’Association des organisations musulmanes à Zurich (VIOZ), dont elle est membre, qui songe à l’exclure. L’organisation qui représente 80% des musulmans du canton prévoit de tenir une séance de crise dans les jours qui viennent. «Nous sommes heureux de vivre dans un Etat de droit où ce type de propos est pris au sérieux et nous saluons la réaction des autorités», déclare son porte-parole Muris Begovic.

Le président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) Montassar Ben Mrad, porte lui aussi un regard sévère sur l’association An’Nour: «S’ils sont avérés, les propos de cet imam qui n’en est pas un à mes yeux sont totalement inacceptables, aussi bien dans un Etat de droit que du point de vue de la théologie islamique», dit-il. La situation de cette mosquée est révélatrice de difficultés liées au recrutement de prédicateurs non qualifiés au sein d’organisations islamiques. «Nous en avons conscience et nous travaillons, au sein de la fédération, à des solutions et à des principes auxquels les imams doivent s’engager.»

La faute aux «articles racoleurs»

Un problème chronique dans la mosquée de Winterthour. Un premier imam, Abu Mohammed, a soulevé des interrogations sur son rôle supposé dans la radicalisation de plusieurs jeunes partis dans les zones de conflit en Syrie ou en Irak. Depuis fin 2014, une dizaine de «voyageurs du djihad» sont partis de Winterthour, plusieurs d’entre eux fréquentaient la mosquée An’Nour. Le prédicateur mis en cause a été remplacé par un Egyptien venu d’Italie. Mais, accusé dans un article de la «Sonntagszeitung» d’appeler à la violence dans ses prêches, ce dernier a fini par quitter ses fonctions également, officiellement pour des raisons financières.

Atef Sahnoun, l’ancien président de l’association An’Nour, qui a continué à jouer un rôle actif dans la mosquée, a toujours réfuté les soupçons qui pèsent sur les imams. La semaine dernière encore, il pointait du doigt les «articles racoleurs» des médias. «A chaque fois que nous changeons d’imam, il fait l’objet des nouvelles accusations infondées. On amènerait quelqu’un de la lune que ce serait pareil», disait-il au «Temps». Il admettait toutefois sa difficulté à «contrôler tout ce qui se dit» entre les murs de la mosquée et appelait de ses voeux la création d’une «autorité qui rassemblerait toutes les mosquées de Suisse et collaborerait avec les autorités suisses pour trouver des imams corrects». Poudre aux yeux ou prise de conscience tardive? Atef Sahnoun n’était pas joignable hier pour répondre.

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