Comment éviter les voyages de produits toxiques

Sécurité Les risques liés aux transports de produits dangereux augmentent

Ce trafic est-il vraiment nécessaire? Après Daillens, la question rebondit

Les substances dangereuses qui traversent la Suisse dans des wagons-citernes sont sous surveillance. Outre le fait qu’ils sont potentiellement dangereux, ces produits transitent par des régions fortement habitées et présentent des menaces pour l’environnement.

Le hasard du calendrier a fait que, deux jours avant l’accident de Daillens, l’Office fédéral des transports (OFT) a publié une radiographie, appelée screening, des risques présentés par ces matières. Les principaux dangers pour la population sont les transports d’essence, de propane et de chlore. Pour l’essence, l’un des secteurs les plus exposés est la gare d’Olten, où transitent de nombreux voyageurs. Pour le propane, c’est plutôt le secteur très densifié de Zurich-Altstetten, où un grave accident s’était produit en 1994 (voir encadré).

S’agissant du chlore, ce sont les transferts réalisés entre Lyon et les sites chimiques du Valais via Genève et Lausanne qui sont les plus problématiques. Si aucun endroit du réseau national ne présente des «risques non tolérables» pour la population, plusieurs segments situés à Genève et vers Renens-Lausanne se trouvent dans la catégorie juste au-dessous.

Le rapport souligne qu’il faut prendre en compte la triple augmentation des quantités de marchandises transportées, de la densité de la population et du nombre de trains voyageurs. La probabilité d’un croisement entre un convoi de marchandises dangereuses et un train voyageurs augmente et, avec elle, le risque de dégâts en cas d’accident, note le rapport de l’OFT. C’est la raison pour laquelle le chlore «gardera une grande importance à l’avenir lors de l’évaluation des risques généraux inhérents au transport de marchandises dangereuses.»

Il n’y avait pas de chlore dans le convoi de 22 wagons dont les six derniers se sont renversés samedi à Daillens. Mais il y avait de l’acide sulfurique (25 tonnes se sont déversées dans la nature), de la soude caustique et de l’acide chlorhydrique. Or, ces trois substances constituent un risque pour les eaux et les nappes phréatiques en cas de fuite.

Elles entrent dans le cadre des préoccupations du second rapport, qui porte sur les dangers pour l’environnement des dérivés des huiles minérales, de l’épichlorhydrine et du perchloréthylène. La radiographie établit que 9,5 kilomètres, soit 0,7% du réseau, se situent «au-dessus de la ligne d’acceptabilité». Le quatrième wagon qui s’est renversé contenait du méthylènedianiline, une substance cancérigène dont la dangerosité diminue lorsqu’elle refroidit, ce qui a été le cas à Daillens.

Lundi à Berne, certains spécialistes de la Confédération se disaient soulagés qu’aucun wagon ni aucun produit n’ait pris feu, ce qui a limité les dégâts. Ceux-ci son néanmoins importants. Lundi, les travaux d’évacuation des substances se poursuivaient. Les wagons accidentés ne pourront être dégagés que lorsqu’ils auront été vidés. Et ce n’est qu’après cela que la voie pourra être remise en état. Cela signifie que l’interruption du trafic, très problématique pour les pendulaires, durera encore plusieurs jours.

L’accident aurait donc pu être plus grave. Selon les deux rapports de l’OFT, les endroits à risques pour la population et l’environnement sont limités. Fin connaisseur du monde des transports, l’ancien conseiller aux Etats Michel Béguelin relève que «la réglementation est déjà sévère et coûteuse et que des entreprises comme Syngenta et Lonza ont besoin de matières premières pour leurs activités».

Mais est-il possible de réduire encore les dangers potentiels? Le conseiller d’Etat genevois Antonio Hodgers, écologiste, souhaite que l’industrie chimique valaisanne compose sur place les produits toxiques dont elle a besoin. Sur La Première, il a même proposé que Genève soutienne des installations de production en Valais. Cette démarche est notamment motivée par le fait que les convois de chlore qui circulent de Lyon vers le Valais traversent des quartiers où Genève aimerait construire des logements.

Cela n’a pas échappé au conseiller national valaisan Yannick Buttet, qui souhaite qu’on évite de jouer un canton contre un autre. «Mais il faut jeter des ponts. Des projets d’écologie industrielle pourraient amener des synergies.» Il a l’intention d’aller rencontrer Doris Leuthard prochainement avec son collègue genevois Guillaume Barazzone, membre du PDC comme lui, pour voir ce qui pourrait être fait. La recherche d’une solution sur les sites chimiques eux-mêmes paraît en tout cas préférable à des acheminements routiers.

A Berne, on se dit soulagé qu’aucun des wagons accidentés ne se soit enflammé