Les décisions prises dimanche par le Conseil fédéral démontrent les limites du fédéralisme face à une pandémie. Les adeptes les plus farouches de la décentralisation décisionnelle devront bien l’admettre: il faut un minimum de règles unifiées pour combattre un fléau sanitaire qui se moque des frontières.

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Le 19 juin, le Conseil fédéral a mis un terme à l’état d’urgence et redonné aux cantons l’autonomie qu’ils réclamaient pour combattre l’épidémie de coronavirus. Certes, cela a permis de mieux tenir compte des réalités du terrain et des différences régionales.

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Toutefois, depuis cette date, on a assisté à une évidente cacophonie. Ici, le port du masque est obligatoire dans tous les commerces. Là, il l’est uniquement dans ceux qui accueillent plus de dix personnes à la fois. Là-bas, les rassemblements de plus de 30 personnes sont soumis à autorisation. Ailleurs encore, il faut se couvrir le nez et la bouche si l’on attend un train sur un quai de gare, alors que ce n’est pas exigé dans les cantons d’à côté. Les gens qui se déplacent d’un endroit à l’autre y ont perdu leur latin.

Cela ne pouvait pas continuer ainsi. Pour que la population, lassée des restrictions qu’on lui impose et des frustrations sociales que celles-ci impliquent, adhère à de nouvelles mesures, elles doivent être compréhensibles et sembler équitables.

Il aura fallu que le maudit virus commence à se propager dans les régions alémaniques les moins touchées pour que les cantons demandent eux-mêmes à la Confédération d’harmoniser le dispositif de protection sanitaire, comme elle l’avait fait en juillet en rendant le masque obligatoire dans tous les transports publics du pays.

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L’exemple de Schwytz est révélateur de cette évolution. Les structures médicales sont aux abois après la soudaine multiplication des cas de contamination. Dans ce canton, le port du masque n’est exigé lors des manifestations de plus de 50 personnes que depuis… ce vendredi. Or, l’un des foyers d’infection des semaines précédentes semble avoir été une comédie musicale yodlée devant des centaines de personnes dans une salle où le masque brillait par son absence.

Même si une compréhensible lassitude s’installe, il faudra s’accommoder de ces règles uniformes. Pour en éviter d’autres plus dures, que personne ne désire. Le semi-confinement du printemps a sévèrement entravé les activités économiques, commerciales et sociales. Il a engendré une crise dont on ne mesure pas encore toute l’ampleur. Mais on en a retenu un enseignement majeur: il faut à tout prix éviter toute nouvelle décision qui empêcherait les habitants de travailler, de gagner leur vie et de faire vivre leur famille.