La campagne électorale commence à s’intensifier. Il ne faut guère s’étonner que les partis en lice veuillent faire en sorte que les thèmes qui sont les plus porteurs pour leur agenda politique dominent le débat.

Alors que les formations qui soutiennent la sortie du nucléaire essaient par tous les moyens de faire durer les discussions sur les conséquences à tirer de Fukushima, l’UDC tente désespérément de faire disparaître les problèmes écologiques des préoccupations des électeurs et de mettre en avant les sujets qui n’ont jamais manqué de lui apporter des voix, le plus important étant, bien sûr, la politique d’immigration.

A première vue, les efforts de l’UDC semblent être couronnés de succès. D’une part, elle a réussi à relancer le débat sur la libre circulation des personnes. Avec l’annonce d’une initiative populaire visant à renégocier les termes de ce traité, voire, le cas échéant, à annuler l’ensemble des accords bilatéraux avec l’Union européenne, elle a recentré le débat sur l’immigration et la politique vis-à-vis de l’Europe.

En même temps, elle a réaffirmé son leadership en tant que parti isolationniste, alors que la progression du Mouvement Citoyens genevois (MCG) et de la Ligue des Tessinois aux dernières élections cantonales indiquait clairement que l’UDC était menacée de perdre sa crédibilité auprès de la frange la plus droitière de ses électeurs.

Par ailleurs, la publication du rapport de la commission fédérale chargée de faire des propositions de loi sur le renvoi des criminels étrangers constitue une formidable aubaine politique pour l’UDC.

Non seulement elle lui permet d’accuser les autres partis de ne pas respecter la volonté populaire qui s’était exprimée lors du vote sur le renvoi, mais les dirigeants de l’UDC en profitent également pour réaffirmer que la souveraineté suisse ne saurait s’incliner devant aucun traité international, y compris la Convention européenne des droits de l’homme.

Là encore, la position de l’UDC, si elle devait prévaloir, pourrait conduire au simple rejet d’un traité international de première importance.

En menaçant de rejeter et la libre circulation et la Convention des droits de l’homme, l’UDC ne fait que réaffirmer un souverainisme sans concession. Depuis deux décennies, ce positionnement lui a permis d’élargir continuellement son électorat.

Il est compréhensible qu’elle s’en remette à la même stratégie politique pour progresser une nouvelle fois. Or, il est loin d’être assuré que la recette soit aujourd’hui aussi efficace que dans le passé.

Traditionnellement, la résistance qu’opposait l’UDC à la voie bilatérale est restée plutôt mesurée. Mais, cette fois-ci, le parti attaque la libre circulation de front. Bien sûr, Christoph Blocher affirme qu’il ne souhaite pas annuler les accords bilatéraux et qu’il s’agit simplement de ne pas exclure d’emblée une annulation au cas où l’Union européenne ne voudrait pas renégocier les traités.

Néanmoins, l’UDC a clairement suspendu sa crédibilité de parti anti-européen à la menace de rejeter le bilatéralisme en bloc.

On peut observer une évolution similaire dans le domaine du souverainisme juridique. Ce n’est certes pas la première fois qu’une initiative populaire lancée par l’UDC entre en collision avec la Convention des droits de l’homme.

Mais, aujourd’hui, le parti ne veut plus faire la moindre concession afin de réconcilier le droit helvétique avec les traités internationaux que la Suisse a ratifiés. Plutôt que de rechercher un compromis, le parti se prononce pour le rejet de la Convention des droits de l’homme au cas où Strasbourg devrait condamner la nouvelle législation helvétique.

Le positionnement de l’UDC devient donc de plus en plus inflexible et radical. On peut en comprendre les raisons. L’élargissement de son électorat requiert la surenchère constante. Mais il se pourrait que les marges de manœuvre pour des transgressions perpétuellement renouvelées commencent à être épuisées.

L’annulation de la libre circulation serait un acte de pure folie – et une bonne partie de l’électorat en est bien consciente. Il en va de même pour la Convention des droits de l’homme. Il paraît peu probable qu’une majorité de la population se rallie à un geste aussi radical que son non-respect définitif.

La surenchère est une stratégie efficace, mais elle ne peut pas fonctionner ad libitum. Les prochaines élections pourraient bel et bien apporter la preuve que l’UDC a atteint les limites de son potentiel électoral.

*Rédacteur à «Das Magazin».

Chaque lundi, quatre personnalités se succèdent pour commenter l’actualité politique suisse et la campagne en vue des élections fédérales de l’automne.