L’immigration est globalement positive pour les villes suisses, tant économiquement que socialement, et donc pour la Suisse toute entière. C’est la principale conclusion d’une étude commandée par les dix plus grandes cités du pays auprès du bureau INFRAS. Objectif, montrer que les aspects positifs l’emportent largement sur les problèmes de logement ou de transport qui ont jusqu’ici dominé dans le débat politique. Les maires des grandes villes demandent donc que l’initiative contre l’immigration de masse soit mise en œuvre de manière à ne pas remettre en jeu les accords bilatéraux avec l’UE.

La décision du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse» doit être respectée, précise la maire de Zürich, Corine Mauch, car ce vote exprime des peurs vis-à-vis de l’immigration. Néanmoins, l’utilité de celle-ci n’a pas été assez thématisée. Raison pour laquelle les responsables des grandes villes suisses veulent redresser le tableau. D’autant plus que les électeurs des agglomérations ont rejeté l’initiative à plus de 58% des voix et même à 62% dans les villes-centres.

Sur les 580 000 personnes arrivées entre 200 et 2010, essentiellement des ressortissants de l’UE et de l’AELE, 80% se sont établis dans les villes et les agglomérations, dont 54%, plus de la moitié, dans les dix plus grandes cités du pays. Il est vrai que 75% de la population suisse vit déjà dans les villes qui produisent 80% du PIB. Le taux de diplômés d’une université (57%) est plus élevé chez les immigrés que dans le reste de la population (37%). Contrairement aux affirmations de l’UDC, selon laquelle l’essentiel de l’immigration proviendrait du regroupement familial, 60% des nouveaux arrivants ont un emploi. Ils contribuent donc largement à renforcer la capacité économique du pays. On estime qu’entre 2002 et 2008 l’économie suisse a progressé de 3,2% de plus avec la libre circulation qu’elle ne l’aurait fait sans immigration.

Selon le conseiller administratif de Genève Sami Kanaan, ces immigrés sont bien intégrés et prêts à s’engager dans des associations. Leur diversité culturelle contribue largement à la créativité et à la capacité d’innovation des villes. Enfin, constate le maire de Saint-Gall Thomas Scheitlin, l’immigration a contribué à une meilleure résistance de l’économie à la conjoncture. L’arrivée de spécialistes apportant un nouveau savoir-faire de l’étranger et une force d’innovation a augmenté les possibilités de croissance. A Saint-Gall, ce sont ainsi les entreprises de la pharma ou de l’optique qui ont besoin de spécialistes étrangers.

Certes, admettent les maires des grandes villes, cette immigration pose des problèmes en matière de logement, de transport ou de concurrence sur le marché du travail. Selon le Bâlois Guy Morin, «on ne constate pas de pression généralisée sur les salaires, même si l’immigration peut freiner la progression dans la tranche des collaborateurs hautement qualifiés». D’ailleurs, constate l’étude, l’immigration n’a pas exclu les travailleurs autochtones du marché du travail.

Pour ce qui est du logement, la construction a toujours un temps de retard sur la demande, admet le conseiller d’Etat bâlois. Mais le rattrapage dans sa ville est en cours. De son côté Sami Kanaan admet la tension sur le marché de l’Arc lémanique, mais s’il y a difficultés à se loger, on ne constate pas d’augmentation des loyers pour les appartements loués.

«Nous n’avons pas chaussé de lunettes roses, insiste Corine Mauch, il y a certes de problèmes, mais les avantages de l’immigration l’emportent. Or cela n’a pas été assez dit dans le débat jusqu’ici et les villes veulent se faire entendre». Car pour les villes suisses, l’immigration et l’augmentation de population ont constitué un avantage concurrentiel dans la compétitivité mondiale en permettant aux villes de se présenter en lieux attractifs et ouverts, notamment pour les investisseurs.