Ils arpenteront aujourd'hui la rue de l'Hôtel-de-Ville pour signifier leur impatience à l'adresse des membres de la Commission des finances. Et ils risquent bien d'être déçus. Eux, ce sont les représentants des trois syndicats de la police genevoise. «Les collègues en repos sont les bienvenus à ce rassemblement pacifique. Consigne a été donnée de ne pas porter d'uniforme», précise Walter Schlechten, président de l'UPCP.

Que veut dire «pacifique» dans le langage policier? «Il s'agit de ne pas se laisser aller à des propos trop agressifs», ajoute le syndicaliste. Au cœur de cette grogne latente, le paiement des heures supplémentaires effectuées durant l'Euro 2008 – qui avait été promis pour fin septembre – et la prime de 2500 francs accordée par le Conseil d'Etat alors qu'une indemnité forfaitaire de 700 francs, ou moins selon la nature du travail, a déjà été payée.

A cheval sur la procédure ou désuni, c'est selon, le gouvernement n'a visiblement pas voulu passer en force en payant quelque 12 millions de plus que ce qui avait été budgété sans obtenir le feu vert des députés concernés. Et cet aval tarde à venir tant les renseignements nécessaires semblent difficiles à obtenir. Hier encore, Pierre Weiss, président de la Commission, ignorait si certaines questions déterminantes allaient trouver réponse lors de la séance agendée ce mercredi à 16h30.

Quel a été le nombre d'heures réellement effectuées? Selon quelles modalités a-t-on calculé les heures supplémentaires? A partir de quand le département du ministre Laurent Moutinot a-t-il connu l'ampleur du dépassement? Qu'en pense la cheffe de la police, Monica Bonfanti? Quid de la prime de 2500 francs alors que des avances de frais ont déjà été payées? Quel est le coût consolidé de l'Euro pour le canton? «On veut comprendre l'ensemble du mécanisme. Il ne s'agit pas d'attaquer le travail de la police mais de prendre une décision en toute connaissance de cause», souligne le libéral Renaud Gautier.

La commission «déteste» travailler sous la pression et les forces de l'ordre entendent bien faire monter la tension. Chaude ambiance en perspective, ce d'autant plus qu'il apparaît hautement improbable qu'un dénouement intervienne dans l'immédiat, même si le Département semble avoir préparé un document à l'intention des députés. «Si rien ne se passe, nous devrons décider d'une action», prévient Walter Schlechten. Et d'ajouter: «Les policiers sont devenus les otages d'un conflit entre les deux pouvoirs. C'est regrettable.»