ÉDITORIAL 

L’imperfection vaut mieux que la déchirure

ÉDITORIAL. La manière dont l’Etat gère les conflits familiaux est aujourd’hui contestée. Le système encourage le conflit au lieu de le désamorcer

Pour un peu, cette affaire pourrait être la vôtre, ou la mienne. Un divorce qui dérape, un conflit qui s’envenime, le recours aux institutions pour arbitrer la garde des enfants. A Genève, de plus en plus de parents crient leur douleur d’être privés de leur progéniture. Si certains ont basculé dans un activisme qui les dessert, parce qu’ils ennuient la République, leurs accusations de partialité et de connivence institutionnelles interpellent.

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La manière dont l’Etat gère les conflits familiaux est aujourd’hui contestée par des professionnels et éveille la curiosité des politiques. Des psys hors sérail dénoncent une utilisation abusive de leur art. Ils pointent des diagnostics fourre-tout et alibis; ils mettent en garde contre le risque de trouver une pathologie que l’on cherche. Que des praticiens appellent à se méfier de l’usage qui est fait de leur métier n’est pas banal.

Chaque histoire conflictuelle est complexe et il ne nous appartient pas de trancher. Certains parents sont peut-être authentiquement inaptes à l’être. Mais gageons que si tous, sans exception, passaient sur le divan, le résultat serait saisissant. On peut être un peu manipulateur, un rien borderline, un tantinet narcissique ou exalté, et se montrer un papa ou une maman acceptable. L’imperfection aussi construit un enfant; elle vaut mieux que la déchirure.

Certes, l’Etat a un devoir de protection de l’enfant, a fortiori lorsque ce dernier est otage. Et le Service de protection des mineurs en sauve plus d’un de la maltraitance ou du chaos. Mais lorsque la machine s’emballe à coups d’expertises psychiatriques considérées comme parole d’Evangile, et qu’elle finit par désigner un gagnant et un perdant au concours de la parentalité, le système encourage le conflit au lieu de le désamorcer.

Colère et souffrance conjuguées forment un couple redoutable. Coincés dans des institutions forteresses, les parents exclus n’ont d’autres issues que l’accablement ou le combat. Au moins ce dernier leur procurera-t-il l’amère satisfaction de pouvoir dire à leurs enfants devenus grands qu’ils ne les ont pas abandonnés.

Piètre consolation. Les enfants placés du XXe siècle en savent quelque chose, à qui les pardons de la Suisse n’ont pas restitué leur enfance volée. Les institutions d’alors étaient pourtant persuadées d’œuvrer pour leur bien. Toutes proportions gardées, il faudrait éviter d’ouvrir un second et douloureux chapitre d’une aventure similaire.

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