Ce sont les deux partis donnés vainqueurs des élections de dimanche par les sondages. Logiquement, UDC et PLR devraient donc former le noyau dur d’une nouvelle majorité relative de droite dépassant les 90 députés au Conseil national, voire la centaine d’élus avec le soutien d’une partie du PDC. Et imposer ainsi un virage à droite à la politique fédérale.

Pourtant, jamais au cours de leur histoire les deux formations n’ont été aussi éloignées l’une de l’autre, notamment sur la question européenne et l’évolution de la société. Le vote du 9 février contre l’immigration de masse et la libre circulation a achevé de marginaliser l’UDC. Impossible dès lors de songer à une plateforme politique commune. Mais sur la réforme de l’AVS, l’imposition des entreprises ou la sortie du nucléaire, la probable majorité de droite pourrait changer la donne.

Cela suppose d’abord un virage stratégique de la droite nationale vers la droite classique. Selon le programme de recherche sur le parlement, Smartmonitor, l’isolement de l’UDC au Conseil national n’a jamais été aussi prononcé. Au cours de la législature écoulée, lors des différents votes le groupe UDC s’est retrouvé seul une fois sur quatre. Et même une fois sur trois l’an dernier (29,8%). Il n’a constitué une véritable alliance de droite (UDC-PLR-PDC) contre la gauche (PS-Verts) que dans moins de la moitié des cas.

C’est la législature 2007-2011 qui a marqué un changement brutal. L’UDC, jusqu’alors très proche du PLR, a renoncé, dès l’éviction de Christoph Blocher, à chercher des solutions de compromis avec ses partenaires. «La polarisation croissante de la politique suisse, entre PS et UDC, éloigne toujours plus ce dernier parti de la droite traditionnelle», analyse Olivier Meuwly. Pour cet historien, spécialiste du radicalisme, l’éloignement idéologique toujours plus prononcé entre les deux formations exclut toute plateforme politique commune. Il voit plutôt des alliances au cas par cas, une concordance à géométrie variable.

C’est aussi la conclusion à laquelle parvient le vice-président du groupe parlementaire UDC, Guy Parmelin. Mais pour d’autres raisons. «Le paquet de mesures pour le renforcement de la place économique, signé entre les présidents de l’UDC, du PLR et du PDC au début de l’année, n’a pas tenu trois mois face aux intérêts divergents. Dès lors on ne peut pas miser sur un pacte de législature», estime-t-il.

Mais, ajoute le conseiller national vaudois, «c’est surtout au sein des groupes de travail et des sous-commissions que des discussions informelles entre élus UDC et PLR, à l’abri des médias, que des points de convergences pourront apparaître». C’est ce qui s’était passé avec la 5e révision de l’AI. Même si au final l’UDC s’est opposée à la hausse de la TVA pour le financement.

La prochaine occasion d’alliance à droite pourrait bien être le passage au Conseil national de la réforme de la prévoyance sociale adoptée aux Etats. C’est ce que confirme Christian Lüscher, vice-président du PLR. Les deux partis sont en effet opposés à la hausse du premier pilier pour compenser une baisse du taux de conversion des caisses de pension. Pas d’augmentations de cotisation pesant sur les jeunes générations et les entreprises, préviennent les deux partis.

Autre sujet d’accord, la réforme de l’armée, que l’UDC, par son intransigeance pour un budget 5,4 milliards inscrit dans la loi a fait capoter.

Mais c’est surtout sur la réforme de l’imposition des entreprises et l’abandon du nucléaire que l’on devrait voir une véritable alliance UDC PLR. Il s’agira d’abord de s’opposer aux taxes compensatoires que la gauche veut imposer aux sociétés, mais aussi de rouvrir le dossier de la péréquation financière entre cantons riches et pauvres. Pour le virage énergétique, la droite souhaite un vote global sur tout le paquet: information sur les coûts, refus de nouvelles taxes et d’une date limite.

PLR et UDC vont aussi s’accorder sur l’opposition à toute nouvelle taxe ou aux augmentations automatiques des dépenses liées à des lois, de même qu’ils chercheront à revenir avec un projet de frein aux dépenses sociales. Mais pour autant, Olivier Meuwly ne voit pas de véritable alliance possible entre les deux partis. Il y a bien sûr l’application du vote du 9 février 2024 contre l’immigration de masse, avec le danger pour l’économie de la clause guillotine sur les accords bilatéraux. Mais aussi une divergence totale sur les questions de société, l’expulsion des criminels étrangers, la place du droit international.

Car au-delà du tronc commun de la liberté économique, ce sont deux visions de l’Etat très divergentes qui vont constamment les opposer. Pour le PLR, l’Etat doit être fonctionnel, régulateur social et protecteur des libertés individuelles, mais aussi garant du contrat passé avec les citoyens. Alors que l’UDC souhaite un Etat réduit à un rôle d’application du droit et de responsable de la sécurité, mais au service de la Nation, considérée comme culturellement homogène.