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Les nuages s’amoncellent au-dessus de l’aéroport de Lugano.
© CARLO REGUZZI / Ti-Press

Tessin

L’incertain destin de l’aéroport de Lugano

Lourdes dettes, faillite de Darwin Airline, annulations de vols, chute du nombre de passagers… Malgré les soucis qui s’accumulent, certains croient encore au futur de l’aérodrome régional

Les nuages s’amoncellent au-dessus de l’aéroport de Lugano. On apprenait fin mars que la société d’exploitation de Lugano-Agno (LASA) était endettée à hauteur de 2,6 millions de francs. C’est au travers d’une interpellation parlementaire communale demandant à l’exécutif de Lugano des comptes sur les finances de LASA que l’état préoccupant de celles-ci a été rendu public.

Succession d’événements malheureux

Début avril, la Ville de Lugano, actionnaire majoritaire, a annoncé qu’elle acceptait de subordonner les crédits de l’aérodrome régional, afin de lui éviter de devoir se déclarer en cessation de paiements et risquer la faillite. L’aéroport de Lugano-Agno génère une soixantaine d’emplois. Un projet de recapitalisation sera proposé au Conseil communal, vraisemblablement cet été, selon le maire de Lugano, Marco Borradori.

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L’endettement de LASA s’ajoute à une succession d’événements malheureux. La faillite du transporteur Darwin Airline, en décembre, a laissé vacante la route Lugano-Genève. Celle-ci pourrait être reprise par SkyWork Airlines, mais depuis des mois il n’y a plus de liaison avec la Suisse romande. Par ailleurs, 20% des vols Lugano-Zurich ont été annulés au dernier trimestre. Au total, l’aéroport luganais enregistre une chute notoire des passagers au fil des ans, de 286 000 en 2000 à 135 534 en 2017…

«Lugano peut vivre sans aéroport»

Coauteur de l’interpellation de fin mars, l’élu communal communiste Demis Fumasoli rappelle que depuis que l’aéroport est devenu une société anonyme en 2005, Lugano y a injecté 30,4 millions de francs. «Alors qu’elle ne cesse de couper dans les services, la Ville veut maintenant le recapitaliser. Or cet aéroport est actuellement un puits sans fond.»

«La gauche n’est pas contre l’aéroport, assure ce politicien, elle veut juste qu’il soit capable de se tenir sur ses deux jambes. Nous exigeons de connaître ses dettes dans le détail et de disposer d’un plan de relance clair.» L’élu en est convaincu: «Lugano survivrait sans LASA. La nouvelle traversée ferroviaire des Alpes assure des connexions rapides et sûres avec l’Italie et le reste de la Suisse, et l’aéroport international de Malpensa est à 30 ou 40 minutes de Lugano.»

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En revanche, à la mairie de Lugano, Lorenzo Quadri (Lega) fait valoir que LASA représente une véritable plus-value pour la région comme destination de congrès, permettant au tourisme de s’épanouir toute l’année. «La place financière en bénéficie, et par ricochet, l’ensemble du canton.» Sa fermeture entraînerait la perte de tout ce qui y a été investi ces dernières années, soutient-il.

La liaison avec Genève, première urgence

Le plus urgent pour lui est qu’une compagnie aérienne reprenne la route Lugano-Genève et que le crédit de 6,1 millions de francs pour la construction de deux hangars, prévu dans le cadre d’un plan de relance, soit voté par le Conseil communal: «C’est un investissement peu risqué, qui pourrait rapidement générer des revenus à travers la location d’espaces aux privés, et qui aurait dû être accepté beaucoup plus tôt.»

A l’aéroport, même s’il reconnaît que le moment est critique, le directeur Maurizio Merlo demeure optimiste. Cet ancien pilote, puis directeur de Darwin Airlines jusqu’en août 2017, rappelle que le monde de l’aviation, qui est le sien depuis trente ans, «connaît des hauts et des bas depuis toujours. Je suis convaincu que LASA a un futur, d’autant que nous bénéficions de la confiance et du soutien de la Ville de Lugano à 100%. Pour moi, le risque de faillite est totalement exclu.»

Président du conseil d’administration de LASA, Emilio Bianchi considère que dans ce dossier la politique et l’économie doivent faire front. «J’espère que les autorités cantonales réagiront avec un esprit entrepreneurial pour affronter les défis actuels et futurs.»

Le rôle déterminant des petits aéroports

Au niveau national aussi, on tient à l’aéroport du sud des Alpes. «Il a toute sa place dans le paysage des aéroports suisses, estime Matthias Suhr, président de la Swiss International Airports Association. Il relie le Tessin avec les métropoles importantes en Suisse et à l’étranger. Son infrastructure est précieuse non seulement pour le canton, mais pour tout le pays.»

Même son de cloche à l’Association suisse des aérodromes. Pour son secrétaire, Jorge Pardo, l’intérêt de l’aéroport de Lugano, même à l’échelle suisse, est incontestable. «Il n’y a qu’à regarder la carte pour le comprendre: Lugano dessert une niche de l’aviation que personne ne couvre. Les aéroports de petite et moyenne taille jouent un rôle déterminant en Suisse, car ils complètent et soulagent les aéroports nationaux.»

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