Élections

L’inconnue Widmer-Schlumpf

L’UDC confirme sa volonté d’occuper un second siège au gouvernement. Mais le PS et les partis du centre droit ne l’entendent pas de cette oreille

Le Parti bourgeois-démocratique (PBD) d’Eveline Widmer-Schlumpf n’a pas subi l’effondrement annoncé. En ne perdant, selon les projections de dimanche soir, qu’un des neuf sièges qu’il détient au Conseil national, bien placé pour conserver son unique mandat sénatorial – celui du Bernois Werner Luginbühl –, le PBD est «toujours vivant», ironise son président, Martin Landolt.

Les regards se tournent désormais vers Eveline Widmer-Schlumpf, qui devra annoncer si elle sollicite un troisième mandat ou non. Elle fera sans doute part de ses intentions avant la prochaine assemblée des délégués du PBD, agendée au 31 octobre.

Si elle devait déterminer son avenir politique sur le seul critère du résultat électoral de son parti, elle n’aurait aucune raison de se retirer. Mais le score du PBD n’est pas tout. La très forte progression de l’UDC et les gains du PLR vont modifier les rapports de force au parlement par rapport à la législature qui s’achève. «C’est en fait un retour à 2007. Le PLR et l’UDC regagnent aujourd’hui ce qu’ils ont perdu en 2011», calcule le président du PS, Christian Levrat.

Décision le 20 novembre

La récolte d’une bonne dizaine de sièges supplémentaires légitime l’UDC à revendiquer ce fameux second mandat gouvernemental dont le parti s’est lui-même privé en évinçant Eveline Widmer-Schlumpf en 2008. «Nous sommes prêts à prendre plus de responsabilités. Dans une démocratie référendaire, il est important d’écouter le peuple», martèle le président de l’UDC, Toni Brunner.

Le parti a fixé son calendrier interne pour la conquête de ce deuxième mandat. Une assemblée des délégués du parti national aura lieu le 31 octobre – le même jour que celle du PBD! Le sujet sera forcément à l’ordre du jour. Le délai pour le dépôt des candidatures est fixé au 13 novembre. Trois jours plus tard, le comité du groupe parlementaire émettra une recommandation à l’intention du groupe, qui fera son choix le 20 novembre. «Notre comité de sélection a entendu une dizaine de personnes. Notre groupe proposera un ou deux candidats», annonce laconiquement Toni Brunner.

Fort de son résultat personnel, le Grison Heinz Brand est plus que jamais favori. Un seul Romand semble avoir été pris en considération: le Vaudois Guy Parmelin. D’autres parlementaires, comme l’Argovien Hansjörg Knecht, qui devance le président du PLR Philipp Müller dans la course au Conseil des Etats, ou le Schaffhousois Hannes Germann, figurent sur la liste, tout comme une poignée de magistrats cantonaux.

L’élection du Conseil fédéral est fixée au 9 décembre. Avant cette date, le ou les candidats seront auditionnés par les partis. Philipp Müller, qui reconnaît le droit de l’UDC d’obtenir ce second siège, sait déjà ce qu’il va leur demander: «Nous les interrogerons sur les relations bilatérales avec l’UE, sur la libre circulation, sur le droit international impératif, sur la Convention européenne des droits de l’homme», annonce-t-il. Mais il ne trace qu’une seule ligne rouge: la collégialité. «Le respect des décisions prises par la majorité du Conseil fédéral est une condition sine qua non. Il n’est pas imaginable que celui ou ceux qui ont été minorisés les remettent en question», martèle-t-il.

«Ils représentent seulement 44%»

Mais l’élection d’un second UDC n’ira pas de soi si Eveline Widmer-Schlumpf sollicite un nouveau mandat. «Si elle se représente, je ne vois pas pourquoi nous ne la réélirions pas. Elle a très bien fait son travail et fait avancer la Suisse», argumente le président du PS, Christian Levrat. «On ne démet pas de sa fonction un conseiller fédéral en place», ajoute son collègue démocrate-chrétien, Christophe Darbellay.

Christian Levrat s’appuie sur les projections de dimanche soir. Ensemble, l’UDC et le PLR devraient compter moins de cent sièges au Conseil national et l’UDC ne devrait pas progresser au Conseil des Etats. Du point de vue arithmétique, ces deux partis n’auront pas une majorité suffisante: «Ils ne représentent que 44% du Conseil national. Il n’y a donc aucune raison qu’ils aient quatre sièges, et donc un droit de veto, au Conseil fédéral», critique-t-il.

La position des partis du centre jouera aussi un rôle déterminant. Le PBD et le PDC ont maintenu leurs positions. C’est le troisième partenaire, le PVL, qui a perdu des plumes. Ils promettent de mieux collaborer entre eux. La désignation d’une candidature pour le Conseil fédéral au cas où Eveline Widmer-Schlumpf démissionnerait fait visiblement partie des discussions qu’ils vont mener ces prochaines semaines.

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