Rien de rien. Ni pierre, ni bouteille, ni boulons. Tomaso le répète: il a bien assisté à des violences rue d'Enfer à l'issue de la manifestation genevoise du 1er juin contre le Sommet d'Evian, mais il n'a participé d'aucune façon à ces dérives (LT des 29 et 30 juillet). Le militant d'ATTAC-Neuchâtel l'admet en revanche, il a vitupéré contre les gendarmes anti-émeute qui s'étaient retrouvés en situation difficile après avoir tenté de filtrer les personnes qui regagnaient le centre-ville, une fois la manif dissoute. Puis, «vous savez comme c'est», l'altermondialiste s'est retrouvé parmi des groupes d'où des projectiles ont été tirés en direction des policiers. Et, au gré des mouvements de foule, on a pu le voir en première ligne, mais toujours armé de ses seules insultes.

Innocence proclamée

Cette version, Tomaso, laborantin neuchâtelois de 32 ans, l'a soutenue mercredi au terme d'une conférence de presse à laquelle même son avocat, Jean-Michel Dolivo, pensait qu'il ne participerait pas. Libéré de la prison de Champ-Dollon peu auparavant, le jeune homme avait de quoi être ébranlé: la juge d'instruction Carole Barbey venait de l'inculper pour émeute et incitation à émeute.

Lundi, proclamant son innocence, il avait témoigné lors d'une première conférence de presse, convoquée par son avocat et l'extrême gauche genevoise, pour dénoncer les méthodes de la police. Une police qui avait diffusé sur Internet le portrait de cet altermondialiste comme celui de 38 autres personnes non identifiées, présentées comme des «casseurs avérés».

Chargé par une vidéo

Convaincu de pouvoir démontrer la fausseté de ces accusations, Tomaso s'est rendu mardi à l'Hôtel de Police. Où les choses ne se sont pas passées comme il le pensait. Durant un interrogatoire prolongé, il a été confronté à un film vidéo réalisé par un particulier où il apparaissait «en action», selon le communiqué publié mardi par la police.

Un communiqué qui précisait que le jeune homme aurait finalement reconnu des faits relevant des délits de participation et incitation à émeute. Mercredi, après avoir visionné la vidéo et auditionné le Neuchâtelois, la juge d'instruction Carole Barbey a retenu ces deux charges pour son inculpation.

Au service de presse de la police, on précise que Tomaso a refusé que les extraits de la vidéo versés dans son dossier soient rendus public. «Ils m'ont dit qu'ils passeraient au 19.30 de la Télévision suisse romande. Je ne pouvais pas accepter», s'exclame le jeune homme.

Emeute passive ou active?

Désormais, l'essentiel est pourtant là: Tomaso est-il poursuivi pour émeute simplement parce qu'il s'est trouvé sur un lieu où des violences étaient commises en bande? Où est-il inculpé pour avoir prêté la main à ces violences? Du point de vue du code pénal, le délit d'émeute est constitué même dans le premier cas, comme n'est pas sans le savoir Jean-Michel Dolivo, coauteur d'un guide juridique paru peu avant le G8: il y rappelait qu'il suffit d'être spectateur de violences collectives pour tomber sous le coup du délit d'émeute.

L'«affaire Tomaso» ne relève pourtant plus de la seule justice. Par la publicité qui lui a été donnée, elle alimente les polémiques politiques de l'après-G8 genevois. S'il apparaît que le Neuchâtelois n'est coupable que d'«émeute passive», la gauche, qui reproche à la police des méthodes disproportionnées, en sortira confortée.

A l'inverse, si la preuve validant le délit d'«émeute active» est faite, la droite pourra relancer le procès des altermondialistes, accusés d'ambiguïté face à la violence protestataire. D'où la question qui nourrira les épisodes suivants du feuilleton «Le G8 à Genève»: que voit-on réellement dans la vidéo qui accable Tomaso?

Mercredi, les représentants de l'extrême gauche n'ont pas attendu pour assurer que la «criminalisation» de leurs mouvements visait à déstabiliser les luttes sociales qui s'annoncent, à commencer celles concernant la retraite.