Pascal Couchepin n'a pas vu Nicolas Sarkozy mercredi à Evian. Les deux hommes se sont pourtant croisés pour la clôture de la World Policy Conference, qui réunissait de nombreux chefs d'Etat. Mais le président français, accaparé par la crise financière et le règlement du conflit en Géorgie, n'a pas donné suite aux demandes suisses d'entretien. Pascal Couchepin a dû se contenter d'une rencontre avec le président de la Mongolie, Nambaryn Enchbajar, et avec le Russe Dmitri Medvedev.

Le rendez-vous manqué d'Evian est le symbole d'une relation qui, sur bien des points, s'enlise. En novembre 2007, sur les marches de l'Elysée, Nicolas Sarkozy et Micheline Calmy-Rey avaient affiché leur volonté de donner un «nouvel élan» à la coopération bilatérale. Des groupes d'experts devaient être créés dans les domaines de la technologie, de l'économie, de la culture.

Onze mois plus tard, observe un diplomate, «on en est toujours au même point. Les choses ont du mal à descendre dans le pipe-line». Et personne ne semble savoir quand les comités mixtes chargés de définir de nouvelles stratégies franco-suisses se réuniront.

En juin dernier, une «réunion de dialogue politique» s'est tenue à Paris. Elle a permis de lister 30 à 40 problèmes frontaliers concrets - le nombre exact n'est pas connu, les deux pays refusant pour l'instant de divulguer la teneur de leurs travaux. Mais plusieurs dossiers sont au point mort, pour des raisons parfois légèrement absurdes.

Ainsi, le sort des gravats du futur train Genève-Annemasse (le CEVA). Faut-il les entreposer en Suisse, en France, ou partager les monceaux de terre entre les deux pays? Des discussions ont eu lieu, mais n'ont rien tranché: la Suisse argue de l'exiguïté de son territoire, la France du fait qu'il s'agit d'abord d'un projet suisse. «Ça n'est pas un sujet contentieux, ça n'a pas été évoqué sur le fond», assure une source française. Mais il faudra régler le problème avant début 2009, date prévue pour le démarrage du chantier.

Autre dossier inabouti: le protocole d'information en cas d'incident nucléaire en Alsace ou dans une centrale suisse. Un accord est prêt, mais le préfet français qui devait le signer a quitté son poste cet été, sans l'avoir paraphé. Côté suisse, une dispute a éclaté entre les cantons de Zurich et de Bâle, le second réclamant le droit d'être informé aussi vite que le premier. Selon un diplomate, le texte devrait entrer en vigueur dans les trois semaines - si la France le ratifie enfin.

Certains problèmes, aussi prosaïques que l'ouverture d'un poste de douane, paraissent insolubles. C'est le cas du «bureau de contrôle juxtaposé» qui doit ouvrir à Saint-Jean, banlieue de Bâle située sur territoire français. De nombreux voyageurs et frontaliers aimeraient que le TGV puisse s'y arrêter. Mais l'administration française n'a pas encore trouvé les effectifs nécessaires pour effectuer les contrôles douaniers à la descente du train.

Côté français, on souligne que certains dossiers «avancent plus vite que prévu» et que, si d'autres ont «pris un peu de retard», c'est pour des raisons «bureaucratiques, pas politiques». Les Suisses voient les choses autrement: le manque d'impulsions venues du sommet aggraverait les lenteurs administratives.

«La présidence de l'Union européenne par la France monopolise tout», constate un fonctionnaire helvétique. «Avec vous, il faut faire du cousu main», répond un diplomate français. Sous-entendu: comme vous n'êtes pas membres de l'UE, les choses peuvent prendre plus de temps.

Une rencontre de Nicolas Sarkozy avec le président de la Confédération permettrait peut-être de relancer la dynamique. Elle pourrait avoir lieu en novembre - si la crise financière, le conflit russo-géorgien ou un autre sujet brûlant ne vient pas accaparer le dirigeant français.

A plus long terme, des diplomates des deux pays rêvent d'une grande visite d'Etat de Nicolas Sarkozy en Suisse. «Ça aurait de la gueule», confie l'un d'eux. Mais l'Elysée affirme que pour l'instant, rien de tel n'est prévu.