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Devant la boucherie Gabbani de Lugano, haut-lieu des spécialités gastronomiques régionales 
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Tessin 

L'industrie touristique se moule aux désirs de ses hôtes chinois

Face aux touristes chinois toujours plus nombreux en Suisse, le Tessin s'efforce de rattraper son retard. Baguettes et eau chaude à volonté pour séduire une clientèle pressée et dépensière 

Les touristes chinois sont toujours plus nombreux à faire un crochet à Stalvedro, juste de l'autre côté du Saint-Gothard, au sud des Alpes. C'est pourquoi Bruno Lombardi, directeur de l'aire de service de l'endroit, travaille depuis trois ans avec une Chinoise de Shanghai, mariée à un Suisse, qui assure la communication avec les guides et les touristes chinois.

«Nous avons créé un forfait sur mesure qui comprend une sortie sur la neige – plusieurs ne l'ont jamais vue et ils adorent la piétiner – la montée de la montagne en funiculaire où ils peuvent prendre leurs photos et les repas», explique-t-il. Les menus, à base de riz, de poisson et de poulet, ont été adaptés à leur goût. Une bratwurst à base de porc a même été créée pour eux.

«Nous leur offrons des baguettes en bois et autant d'eau chaude qu'ils le souhaitent. Nous servons tout en même temps, car ils restent 20-30 minutes à table.» A l'heure de payer, Bruno Lombardi réserve même une caisse aux Asiatiques: «Leurs groupes peuvent compter quarante personnes et plus. Beaucoup ne parlent pas l'anglais, ils ne sont pas familiers avec notre monnaie. Certains veulent payer un produit à cinq francs avec une pièce de cinq centimes. Cela créait de la confusion, de longues files et de l'impatience chez nos clients européens.»

La «suissitude» est très importante pour leurs achats. Le chocolat doit avoir une croix blanche sur l'emballage. Autre article populaire, le pèle-carotte: «Ils peuvent en acheter sept ou huit pour les offrir en cadeau chez eux, observe Bruno Lombardi. Ils sont disciplinés, ils ne dépassent pas comme les Italiens. De notre côté, on apprend quelques mots de mandarin, comme mima, «code» – de la carte de crédit.»

Cibler les plus aisés

Président d'Hôtelleriesuisse Tessin, Lorenzo Pianezzi souligne que les Chinois sont toujours plus nombreux en Suisse, mais que le Tessin marque un certain retard. «Avec Ticino Turismo, nous essayons d'attirer la niche plus aisée, qui  voyage individuellement, notamment à l'aide de reportages dans des revues qui leur sont destinées.» Les touristes des classes moyennes achètent des bijoux et des montres, mais ils ne sont prêts à payer que 55-60 francs par personne et par nuit, un repas inclus, soutient-il.

Même s'ils tolèrent mal le fromage, les Chinois aiment essayer la fondue et la raclette. Au petit-déjeuner, les hôteliers leur offre des spaghettis épicés avec de l'eau chaude et des légumes sautés. « Dans la mesure du possible, nous évitons de leur attribuer une chambre au quatrième étage ou dont le numéro contient le chiffre 4, considéré comme porte-malheur. En revanche, les chambres avec un 6, un 8 ou un 9 sont «chanceux»», explique Lorenzo Pianezzi.

Après les Allemands, les Américains et les Anglais, les Chinois représentent le quatrième marché touristique en Suisse. Avec 1,27 million de nuitées d'hôtel en 2016 (6,6% du total des nuitées de touristes étrangers), ils génèrent un chiffre d’affaires de 422 millions de francs. On comprend les efforts de l'industrie pour les amadouer, d'autant qu'après les ressortissants du Golfe ils sont les plus grands dépensiers: 330 francs par personne par jour, contre 180 pour les autres touristes.

En mandarin

Porte-parole de Suisse Tourisme, Véronique Kanel constate que les Chinois sont des hôtes exigeants et pressés. Ils passent peu de temps en Suisse, vu qu'ils peuvent visiter dix pays en quinze jours. Par rapport à il y a dix ans, énormément de visites guidées, d'informations, de produits et de services sont offerts en chinois. L'offre «First Ski Experience», qui cible les skieurs débutants, est disponible en mandarin dans plusieurs stations.

S'adapter aux besoins d'une clientèle particulière n'est pas exceptionnel pour l'industrie touristique suisse, qui le fait aussi pour les hôtes d'Inde ou des pays du Golfe. «Cela fait partie de l'hospitalité. Une de nos compétences essentielles est de savoir adapter nos produits et services à la clientèle. Ce qui ne veut pas dire tout changer. Une certaines authenticité est indispensable.»

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