«Je demande pardon aux familles des victimes. Personne n'a le droit de disposer de la vie d'autrui.» Le regard souvent penché vers le sol, c'est avec une voix plutôt posée et guère hésitante que «l'infirmier de la mort» (LT du 20.01.2005) s'est exprimé vendredi devant le Tribunal criminel de Lucerne.

La salle de conférence d'Emmenbrücke, transformée pour la circonstance en espace de plaidoyers, a dégagé durant cinq heures une atmosphère tendue, silencieuse, malgré les 200 auditeurs présents. Et malgré les festivités du carnaval qui se préparaient dans la cour.

Le jeune homme, tournant le dos aux familles de ses victimes, devait répondre de la mort d'au moins vingt-quatre personnes âgées, résidentes de plusieurs homes ou hôpitaux de Suisse centrale, dans lesquels il a travaillé entre 1995 et 2001. Malgré l'importance de l'affaire, inédite en Suisse, le procès s'est limité à cette demi-journée tenue sous haute présence médiatique. Motif de cette rapidité: la procédure du canton de Lucerne ne prévoit ni audience de témoins, ni lecture de l'acte d'accusation, le tout étant soumis préalablement au tribunal.

L'accusé n'a pas retenu ses mots pour qualifier ses actes: toujours sans guère d'émotion dans la voix, et plutôt impassible à l'audition des faits qui lui sont reprochés. Il a dit assumer la responsabilité des actes accomplis. «J'espère que ces faits resteront uniques en Suisse.» Souvent interrogé sur les motivations de ses gestes, il n'a rien apporté de plus, si ce n'est le silence, aux arguments déjà connus: la compassion, le surmenage, voire de l'antipathie à l'encontre de quelques-uns de ses patients.

Pour les deux parties qui se sont succédé au micro, la question était de savoir si les cinq cas les plus graves étaient bel et bien des assassinats. Soit des actes particulièrement odieux, comme l'a estimé le procureur, Horst Schmitt. Il a requis, insistant sur la bonne santé psychologique de l'infirmier, 17 ans de prison. A ses yeux, ce cas rappelle des cas similaires de séries de meurtres, survenues notamment en Allemagne. «En s'en prenant avec violence à des personnes physiquement diminuées, l'accusé a bel et bien commis des actes dénués de scrupules, qui distinguent l'assassinat du meurtre. Ses aveux ont pourtant conduit à une réduction de la peine réservée aux assassinats.»

«Un véritable show»

La défense, quant à elle, s'est d'abord dite agacée par l'ampleur prise par l'affaire, un «véritable show». L'avocat a parlé de vingt-deux homicides volontaires et d'une tentative de meurtre. Interrogé une dernière fois par les juges, «l'infirmier de la mort», comme il a été surnommé, espère que le futur lui donnera «une chance dans la société».

De son côté, l'auditoire, pourtant très calme durant le procès, bruissait de commentaires à la sortie. Et n'a pas caché son scepticisme face à l'attitude de l'infirmier. Pour la fille d'une victime, l'accusé «s'est certes excusé, mais il s'était bien préparé; il n'a pas changé de ton. Avec ou sans excuses, je crois que les 17 ans requis sont légitimes.»

Au-delà du cas de ce jeune homme emprisonné depuis 3 ans et demi, et qui en saura plus sur son avenir au début février, une question de société reste ouverte, si l'on en croit son avocat: celle de ces personnes dont les proches ne peuvent ou ne veulent plus s'occuper et dont le destin, parfois lourd, est déposé entre d'autres mains.