«No Billag»

L’influence libertarienne à l’origine de l’initiative «No Billag»

Les jeunes libéraux qui ont conçu l’initiative évoluent dans les milieux de la finance et de la banque, préfèrent la presse à l’audiovisuel et ils ont en commun de vouer une confiance sans limites aux lois du marché

L’idée d’abolir la redevance pour la radio et la télévision est née un soir d’apéro entre jeunes PLR zurichois. «Nous nous sommes demandé comment alléger la charge fiscale pour la population», se souvient Florian Maier. Lui, Christian Zulliger et Yves Collet, tous trois à l’origine de l’initiative «No Billag», n’étaient pas sûrs alors d’obtenir les signatures nécessaires. «Mais nous savions que notre proposition pouvait déclencher une bataille médiatique véhémente, sans pareille dans l’histoire politique suisse», souligne Christian Zulliger. A ses yeux, c’est déjà «une victoire»: une idée à laquelle personne ne prenait garde, transformée en débat national.

Un cercle d'ordinaire peu bruyant

Le jeune homme parle vite et enchaîne les cigarettes au fond du bar Tina, son «stamm» à Zurich, l’un des rares établissements de Suisse où il est encore possible de fumer. L’existence de cette enclave pour nicotinomanes sur un territoire dominé par l’interdiction fédérale de fumer dans les espaces publics fermés ravit ce libertarien qui se dit «juste libéral». Une notion à ses yeux usurpée par le Parti libéral-radical (PLR), qu’il considère comme trop étatiste.

La campagne de «No Billag» attire l’attention sur un cercle minoritaire, d’ordinaire peu bruyant. Ce texte considéré comme trop radical par le PLR a obtenu le soutien immédiat du Unabhängigkeitspartei (UP!, Parti de l’indépendance), un micro-parti qui compte 125 membres et une seule section à Zurich et se considère comme «la voix de la liberté en Suisse». Deux de ses membres, Silvan Amberg et Nicolas Jutzet, siègent au sein du comité de «No Billag».

Références philosophiques et réseau international

Abolir la redevance: dans son immodération, l’idée a quelque chose de peu suisse. Mais, derrière l’institution, c’est l’Etat que combattent les initiants. Ils estiment défendre des valeurs helvétiques. «Le monopole du service public dans le domaine audiovisuel s’éloigne de l’idée de fédéralisme et de l’idée de Willensnation: les individus décident, puis le village, le canton et éventuellement la Confédération», disent Florian Maier et Christian Zulliger en écho.

Dans le monde idéal de Christian Zulliger, non seulement les médias, mais aussi l’éducation, la santé seraient privatisés et les fonctions régaliennes seraient réduites au minimum, elles engloberaient tout au plus l’armée et la police. Le Zurichois, qui a étudié l’économie à l’Université de Saint-Gall, admet qu’il existe un fossé entre la théorie et la réalité. Mais en cas d’acceptation de «No Billag», une idée qui lui est chère se verrait validée: chaque individu décide lui-même de ce qu’il fait avec son argent. «La solidarité forcée tue la vraie solidarité», dit Christian Zulliger.

«Individualiste, mais pas égoïste»

Lui et ses amis comptent parmi leurs références Ludwig von Mises, Friedrich August von Hayek, Frédéric Bastiat ou encore des blogs inscrits dans des courants «anarcho-capitalistes» (Ankap). Vice-président du PLR du Weinland zurichois, Christian Zulliger siège aussi au sein du très conservateur comité de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). A Zurich, il a fondé le Hayek Klub, fort de 400 membres. Mais son réseau dépasse les frontières: il cite parmi ses «proches» les organisations libertariennes Students for Liberty et Property and Freedom Society ou encore le club libéral du Mont-Pèlerin.

Le jeune homme d’Arth Goldau a grandi dans le Weinland zurichois entre un père biochimiste et une mère laborantine, tous deux membres du PLR. Il se considère comme un individualiste, mais pas égoïste: «Je fais des dons à des organisations pour personnes handicapées, en toute liberté.» Employé dans une société active dans la gestion de fortune, il dit n’avoir pas le temps de regarder la télévision. En revanche, il passe environ trente minutes à une heure à lire la presse: New York Times, Frankfurter Allgemeine, NZZ, Weltwoche et Schweizer Monat.

La loi de l’offre et de la demande

Qu’une idée si libérale ait pu déclencher un débat national est presque une surprise pour Florian Maier: «Jusqu’ici, nous avions affaire surtout à des initiatives conservatrices ou de gauche.» A 29 ans, le secrétaire général de la campagne «No Billag» est retourné vivre chez ses parents à Wettswil am Albis, un village à vingt minutes en voiture de Zurich, où les impôts sont plus bas. Le jeune homme qui a réalisé un apprentissage dans la banque vient de rentrer de Chine, où il a poursuivi ses études de gestion.

La recherche d’appartement devra attendre la fin de cette campagne qui l’accapare. Dans la cuisine, la radio passe une émission de musique classique de la SRG. Une télévision trône dans le salon. S’il devait payer à la demande, comme il le préconise, Florian Maier dépenserait tout au plus 150 francs pour sa consommation audiovisuelle – qui se limite à quelques émissions politiques, comme Arena – tout en conservant ses abonnements à la NZZ et à Netflix.

Les auteurs de «No Billag» tentent d’éviter de passer pour les ennemis de la SSR, cela nuirait à leur campagne. Aux questions sur l’avenir de l’institution sans redevance, les initiants apportent une solution invariable: la magie des lois du marché: «Notre rôle n’est pas de dicter le contenu. C’est la demande du public qui en décide. Elle rendra la télévision meilleure. Les Suisses s’intéressent à la politique, je suis convaincu qu’ils continueront à regarder des émissions politiques sérieuses», estime Florian Maier.

Dossier
La controverse «No Billag»

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