Comme beaucoup de Suisses en ce moment, il vit confiné dans son appartement. Daniel Probst, cet informaticien de 34 ans actuellement doctorant à l’Université de Berne, s’est acquis en quelques jours une renommée nationale en développant une plateforme illustrant l’évolution du coronavirus en Suisse sur Corona-data.ch. Il traverse plutôt bien ces moments de grande solitude du chercheur. «En tant que programmeur, j’ai déjà travaillé en indépendant. J’ai l’habitude.»

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Entre l’outil qu’il a créé et le site de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), il n’y a pas photo. D’un côté, la créativité d’un programmeur brillant, de l’autre, la lourdeur de l’appareil bureaucratique. En actualisant ses données heure par heure, Corona-data.ch a toujours un coup d’avance. Ainsi, ce dimanche à 18 heures, il chiffre le nombre de victimes du coronavirus à 300, alors que l’OFSP, qui ne fournit qu’un état de la situation chaque matin, n’en est qu’à 257.

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Des sources officielles crédibles

Voilà une semaine, l’écart des chiffres – allant presque du simple au double – a provoqué une confusion dans les esprits. Interrogé en conférence de presse, le chef de la division des maladies transmissibles de l’OFSP, Daniel Koch, confessait qu’il ne connaissait pas cette plateforme privée qu’il soupçonnait de comptabiliser deux fois les mêmes données. Dès lors, Daniel Probst, ce parfait inconnu du monde de la santé, était-il crédible? Mais celui-ci a joué cartes sur table, indiquant que ses sources étaient toujours celles des sites officiels des cantons. La polémique a donc été très vite close.

Daniel Probst est l’incarnation du système suisse de formation duale si cher à l’ancien ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann. Ce Seelandais de Finsterhennen effectue d’abord un apprentissage d’informaticien avant de décrocher un bachelor à l’Ecole d’ingénieurs de Bienne. Après avoir assumé des mandats pour des entreprises privées, il se lance dans une thèse de doctorat consacrée aux «méthodes évolutives dans l’exploration et la visualisation de grands espaces chimiques» à l’Université de Berne, où il a rejoint l’équipe du professeur Jean-Louis Reymond. «C’est un homme d’une grande modestie à la curiosité insatiable, qui suit la littérature scientifique au jour le jour. Il pose les bonnes questions et veut toujours en savoir plus», relève celui-ci.

Un exercice de transparence

Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Daniel Probst à se lancer dans le défi d’une plateforme sur le coronavirus en Suisse? Même s’il ne veut critiquer personne, le chercheur admet qu’il a trouvé lacunaires les informations transmises sur le site de l’OFSP. «Il y avait peu de données par rapport à d’autres pays comme la Chine ou la Corée du Sud. J’ai voulu apporter davantage de transparence dans l’information car, sinon, la population est vite désécurisée», explique-t-il.

Il s’est donc attelé à automatiser l’agrégation des chiffres communiqués par les cantons et à les rendre facilement accessibles au grand public. En un clin d’œil, chaque citoyen peut suivre l’évolution du virus dans son canton jour après jour, évaluer la courbe des cas positifs et procéder à une comparaison du taux de mortalité entre la Suisse et les pays voisins. «La force de Daniel Probst a été de reconnaître que les données existaient, mais qu’elles n’étaient pas agrégées correctement», souligne le professeur Jean-Louis Reymond.

Cela dit, Daniel Probst se refuse à tout commentaire. Lorsqu’on lui fait remarquer que cette fameuse courbe des cas a heureusement tendance à légèrement s’infléchir ces derniers jours, il ne veut pas s’inviter dans ce débat. «Je ne suis pas épidémiologue. Je ne me hasarderai pas à faire le moindre pronostic quant à l’avenir», précise-t-il. «Il est encore trop tôt pour se montrer optimiste», ajoute-t-il toutefois.

L’OFSP complète son site

Ces prochains temps, il espère pouvoir offrir une vue plus complète de la situation en complétant la plateforme par des informations sur les hospitalisations et les cas de guérison notamment. Mais cela dépendra bien sûr de leur mise à disposition par les cantons.

En attendant, le doctorant a proposé à l’OFSP de reprendre son travail, mais il n’a pas eu de réponse. Contacté, l’office fédéral fait savoir qu’«il salue les initiatives privées, mais qu’il ne peut pas les prendre en considération». Il ajoute qu’il fait tout son possible pour fournir davantage d’informations au public dans le respect du cadre légal. Effectivement, depuis quelques jours, il se fait plus précis sur les décès. L’on apprend ainsi que le virus touche davantage les hommes (60%) que les femmes et que l’âge médian des victimes est de 83 ans. Merci Daniel Probst!