Une enquête a été ouverte par le Ministère public du Bas-Valais contre Lini Paccolat, nonagénaire et braconnier. Enfin, c’est ce qu’il clame dans un article de L ’Illustré paru le 27 mars dernier. «Vais-je finir au home ou en prison?» se demande-t-il maintenant au téléphone. Le WWF et Pro Natura ont annoncé lundi avoir porté plainte contre lui, mais le Service cantonal de la chasse s’en était déjà chargé.

«Les lynx et les loups, on les bousille, un point c’est tout», déclarait Lini Paccolat dans L’Illustré. «Enfin, les lynx, on les piège. J’en ai peut-être piégé une dizaine. On fait des collets, ils se prennent la tête dedans et ils sont pendus. Ils étouffent. Ça, ça fait deux ou trois ans que je ne l’ai plus fait. Mais j’ai des copains qui s’en ­occupent. J’ai formé des jeunes.» L’homme y est allé très fort. Comme d’autres témoins anonymes interrogés par L’Illustré. «Professionnellement – face à des actes délictueux à l’encontre d’espèces protégées comme le lynx et le loup, et quand bien même ces actes sont poursuivis d’office –, la question d’une dénonciation pénale ne se pose même pas, elle s’impose», martèle Jacques Blanc, adjoint au chef du Service de la chasse.

Son service est pourtant aussi impliqué dans les déclarations de Lini Paccolat. «J’ai toujours été soutenu par le Service de la chasse parce qu’il n’en veut rien non plus des lynx», disait-il. Une version qui colle avec ce Valais bien connu pour sa difficulté à accueillir les grands prédateurs sur son territoire. «On ne peut pas empêcher ce monsieur de 90 ans de dire ce qu’il veut», répond Jacques Blanc. «Mais il est inimaginable qu’un ­service cantonal chargé d’appliquer une législation couvre des pratiques justement prohibées par cette loi. Personnellement, quand je vois une personne de 90 ans se répandre dans les médias, je me pose quelques questions», poursuit-il. «Je pense qu’il mélange un peu les époques et tout n’est pas crédible dans ce qu’il raconte», estime aussi Patrick Lavanchy, président de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse.

En 1996, Lini Paccolat apparaît dans la presse régionale posant avec deux dépouilles de lynx. «Les animaux étaient énuqués, la blessure ­typique des pièges décrits par Lini Paccolat», se souvient un naturaliste. Une enquête avait été ouverte par le Ministère public mais personne ne se souvient vraiment de sa conclusion. «Je ne suis pas en mesure de fournir des informations sur l’affaire de 1996, le cas est prescrit et les ­dossiers sont éliminés après expiration du délai légal», explique Patrick Burkhalter, procureur dans le Bas-Valais.

Certains racontent qu’en réalité, il ne s’agissait pas de lynx pris au piège mais d’animaux qui avaient été shootés ou empruntés à un taxidermiste, jetant ainsi un doute sur le témoignage actuel du vieil homme. «Ces lynx avaient été tamponnés par une voiture et j’en avais avisé le garde-chasse, qui m’avait permis de ­conserver les dépouilles», explique ce dernier. «Il collectionne les photos de gibier tué par des lynx et ça lui fait mal de voir ça, alors il avait voulu interpeller sur cette question», estime Patrick Lavanchy. «Lini s’est fait retirer son permis une fois parce que le garde-chasse l’avait attrapé avec un chamois braconné dans son sac et l’avait amendé, mais c’est tout ce que nous avons entendu à son sujet», poursuit-il.

Alors, s’est-il vanté ou a-t-il été ­toléré dans un milieu où on le décrit comme une légende du braconnage? «Lini Paccolat est un braconnier tout à fait crédible», affirme le naturaliste précité. «Cela fait des années qu’il pose des pièges et il y en avait encore en mars 2013. Quand je les vois, je les démonte. Une fois, je l’avais dénoncé au garde-chasse, qui m’avait répondu qu’on ne pouvait rien y faire.» On raconte encore qu’un chien de chasse s’est fait prendre dans l’un de ces pièges l’an dernier, ce dont les membres de la Diana ont forcément dû entendre parler. «Oui, j’ai entendu cette histoire et j’ai fait quelques téléphones mais je n’en ai aucune preuve et personne n’a demandé réparation pour les torts occasionnés», répond Patrick Lavanchy.

Aujourd’hui, le nonagénaire est moins vantard. «C’est des blagues, cette histoire. Je me suis énervé et j’ai perdu la tête quand on m’a parlé de lynx et de loups parce que, c’est sûr, je ne peux pas les supporter», explique-t-il. A entendre les organisations de protection de la nature, le braconnage n’est pourtant pas qu’un fantasme échappé de la tête d’un vieil homme énervé. «Les tirs sont la première cause de mortalité des grands prédateurs en Suisse», affirme Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais. «Dans les Préalpes vaudoises, la population de lynx est beaucoup plus dense qu’en Valais où le biotope et l’habitat devraient pourtant très bien lui convenir. Il est difficile d’expliquer le faible développement des grands prédateurs sans penser au braconnage

Certains racontent qu’il s’agissait d’animaux qui avaient été shootés ou empruntés à un taxidermiste