politique

L’initiative anti-burqa voile un courant anti-islamique

L’UDC relance sa campagne avec l’initiative pour interdire le voile islamique. Derrière l’exigence de l’égalité et de la liberté pour les femmes, il y a un courant de rejet de l’islam en Suisse

Lancer une initiative contre le voile islamique, et au passage contre les cagoules des casseurs, à trois semaines des élections, le conseiller d’Etat valaisan Oskar Freysinger ne s’en cache pas: «cela peut aider». D’autant que la crise des migrations en Europe conforte l’UDC dans son rejet de l’islam. Et que la gauche elle-même se sent mal à l’aise pour combattre un texte qui interdit la burqa ou le niqab, comme symboles de soumission des femmes. L’écrivaine féministe Julia Onken, fondatrice du Frauenseminar Bodensee, a ainsi rejoint le comité de soutien.

Selon le rapport fédéral de 2013 sur la situation des musulmans en Suisse, moins de 130 personnes porteraient le niqab ou la burqa en Suisse. Ce qui, selon le Conseil fédéral, ne justifierait pas une réglementation spécifique. De plus 90% des 400 000 musulmans de Suisse sont soit de nationalité suisse (un tiers), soit originaires de pays européens (Kosovo, Bosnie, etc).

Annoncée depuis plus d’un an, l’initiative «pour l’interdiction de se voiler le visage» a donc été lancée mardi à Berne par le «comité d’Egerkinger», proche de l’UDC, celui-là même qui avait lancé l’initiative contre les minarets. A sa tête, le député UDC de Soleure Walter Wobmann, l’ancien conseiller national Ulrich Schluer et une dizaine de conseillers nationaux et députés, tous membres de l’UDC.

Le texte de l’initiative, qui n’a pas encore été traduit en français, prévoit que nul n’a le droit de se voiler ou de se dissimuler le visage dans un espace public ou un lieu accessible à tous, à l’exception des lieux de culte. Nul ne peut contraindre quelqu’un à se voiler le visage en raison de son sexe. Sont exceptées les raisons de santé, de sécurité ou climatiques ainsi que les coutumes locales (carnaval).

Le comité d’initiative se sent conforté dans sa démarche par deux événements récents. D’abord la décision de la Cour européenne des droits de l’homme du 1er juillet 2014, qui a rejeté la plainte d’une femme musulmane contre la loi française de 2010. Ensuite la validation par les Chambres fédérales du nouvel article dans la Constitution du Tessin portant interdiction de se couvrir le visage dans un espace public. La modification avait été acceptée par 65% des électeurs tessinois en septembre 2013. Mais la loi n’application n’a pas encore été approuvée par le parlement.

Plusieurs pays européens, dont la Belgique, l’Espagne, l’Italie ou les Pays-Bas, connaissent aussi, sous une forme ou une autre, une interdiction de se dissimuler le visage. Dès lors, le comité d’Egerkinger met en avant deux types arguments principaux:

– la culture occidentale, qui veut que l’on se parle face à face et que l’on respecte l’égalité homme-femme;

– les raisons de sécurité. Parce que les visages masqués, qu’ils soient celui d’une femme terroriste, d’un casseur du black-block ou d’un hooligan des stades, rendent une identification difficile voire impossible.

Certes, selon Oskar Freysinger, l’initiative a le grand mérite de «refuser d’importer chez nous des mœurs qui cherchent à maintenir les femmes dans l’ignorance et la servilité». Un discours que les femmes socialistes, par exemple, auraient du mal à contredire. La conseillère nationale Cesla Amarelle, par exemple, avait préparé un projet, non déposé, pour prévoir une norme pénale condamnant «la contrainte vestimentaire à des fins religieuses». Punir les maris qui imposent la burqa ou le foulard. Mais lorsque le conseiller d’Etat valaisan parle des femmes des pays du Golfe venues en touristes, il évoque «des troupeaux de femmes voilées qui débarquent des limousines».

En réalité, depuis son succès contre les minarets, l’UDC a régulièrement utilisé la méfiance envers l’islam, quand ce n’est pas la peur, à des fins électorales. Non seulement le dernier programme électoral de l’UDC reprend quelques-unes de ses anciennes revendications, comme l’interdiction du voile islamique, le refus des carrés confessionnels, mais il va plus loin. Il propose aux sections cantonales de s’opposer à la reconnaissance de communautés religieuses non occidentales en tant que corporation de droit public, comme dans le canton de Vaud. Ou à la création d’un centre Islam et Société à Fribourg. Dans une interview au temps (02.03.2015), Oskar Freysinger avait affirmé «ne pas être d’accord de dire que dans ses textes fondamentaux l’islam est une religion de paix et d’amour… c’est une doctrine de conquête».

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