Fact checking

L’initiative «économie verte» en 10 questions

Qu'est-ce que l'empreinte écologique et pourquoi la Suisse consomme l'équivalent de trois planètes? Concrètement, y a-t-il des solutions pour réduire notre impact sur l'environnement? A quelques semaines de la votation, des réponses en chiffre.

1. Que dit l’initiative «économie verte»?

La Confédération, les cantons et les communes s’engagent à mettre en place une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources. La Confédération fixe des objectifs pour y parvenir. Si les objectifs ne sont pas atteints, la Confédération peut édicter des prescriptions quant aux processus de production, prendre des mesures d’encouragement à la recherche, d’incitation positive par le biais des impôts ou de taxes sur l’utilisation des ressources.

Elle propose d’inscrire dans la Constitution que la Suisse – qui consomme aujourd’hui l’équivalent de 3 planètes selon le calcul de son empreinte écologique – n’en consomme plus qu’une d’ici 2050. Soit qu’elle ne consomme que ce que la Terre est capable de produire.

Le texte de l’initiative

2. Qu’est-ce que l’empreinte écologique?

C’est un calcul qui convertit les ressources naturelles utilisées en équivalents de superficie nécessaires pour produire ces ressources par des moyens renouvelables. Par exemple, la consommation d’énergie se mesure en émissions de carbones ensuite converties en hectares de forêt qu’il faudrait pour absorber ce CO2. Le résultat est exprimé en une unité de mesure spécifique appelée «hectares globaux». Selon ce calcul, la Suisse consomme plus que son territoire ne peut produire. On dit que si tout le monde consommait au rythme suisse, il faudrait 3 planètes Terre. Pour avoir une consommation durable, il faut que la Suisse consomme l’équivalent d’une seule planète. Ce calcul exprime au fond le lien entre l’offre et la demande de ressources naturelles.

Ce calcul présente des défauts parce qu’il ne tient pas compte de tous les facteurs qui entrent en jeu pour un développement durable. Par ailleurs, il n’est pas le seul indicateur possible de développement durable, ce qui pose la question de la pertinence d’un tel objectif fixé dans la constitution.

En savoir plus: qualités et défauts de l’empreinte écologique

3. Pourquoi la Suisse consomme l’équivalent de trois planètes?

Ce qui marque l’empreinte écologique de la Suisse, c’est essentiellement sa consommation d’énergie fossile et les rejets de carbone qui y sont liés. Ces derniers pèsent 74% de notre empreinte. Ce calcul tient compte de «la consommation d’énergie fossile des voitures, des camions, des machines agricoles, des bâtiments et des usines», explique Rolf Frischknecht, auteur d’une étude sur l’empreinte écologique suisse pour le compte des initiants et directeur de l’entreprise treeze, active dans le domaine environnemental.

En savoir plus: comment calcule-t-on notre consommation d’énergie fossile?

4. Comment réduire notre empreinte écologique?

La conseillère nationale, Adèle Thorens affirme que: «l’empreinte écologique est principalement composée de CO2 […] Si l’on applique les engagements du Conseil fédéral pris à la COP21, on la réduit déjà considérablement. Le reste peut être réalisé grâce à l’écoconception et à une meilleure gestion des déchets», dit-elle dans un article du Temps.

Comme le montre le graphique ci-dessus, l’empreinte écologique est effectivement liée à 74% aux émissions de CO2. L’engagement de la COP21 – viser un réchauffement climatique inférieur à 2 degrés d’ici la fin du siècle – équivaut à réduire les émissions de CO2 de 40 à 70% d’ici 2050, selon le dernier rapport du GIEC. Et par des émissions presque nulles d’ici 2100. Pour consommer l’équivalent d’une planète d’ici 2050, il faudrait réduire mondialement les émissions de CO2 de 80%, selon Rolf Frischknecht.

En savoir plus: Les objectifs de la COP21 sont-ils les mêmes que ceux des initiants?

Concrètement, comment peut-on baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 80%? Le potentiel de réduction est le plus élevé dans le domaine des bâtiments et des transports, selon la page de la Confédération dédiée au climat. Ensemble, ces deux domaines représentent 57% des émissions de gaz à effet de serre de la Suisse en 2014. Reste les émissions industrielles, et enfin celles liées à la combustion de déchets et à l’agriculture dans la catégorie «autre».

Jusqu’à aujourd’hui, nos émissions n’ont clairement baissé que dans le domaine des bâtiments, grâce aux nouvelles normes de construction, aux rénovations et aux programmes de subvention des initiatives privées visant à améliorer l’efficience énergétique des immeubles.

«Toutes les solutions pour faire baisser nos émissions de CO2 existent déjà dans des marchés de niche», estime Bastien Girod, conseiller national et membre du comité d’initiative. «L’enjeu c’est de les faire passer dans le grand public. D’ici 2050, nous aurons utilisé trois générations de voitures. Or, il existe déjà des voitures électriques ou à carburant renouvelable. La Confédération impose déjà des émissions CO2 par véhicule plus dures chaque année. Pourquoi ne serait-il pas possible de réduire nos émissions sur ce terrain d’ici 2050?», explique-t-il. «De la même manière, nous avons les connaissances techniques pour faire en sorte que nos bâtiments ne consomment plus d’énergie fossile mais produisent des énergies renouvelables.»

5. Les Suisses devront-ils arrêter de manger de la viande?

«Pour produire un kilo de viande, il faut des surfaces très importantes», affirme Benoît Genecand, opposant à l’initiative, dans un article du Temps. «L’empreinte écologique est forte. S’il faut réduire celle-ci de deux tiers, il faudra prendre des mesures draconiennes, notamment dans les domaines de la mobilité et de la consommation. Les Suisses mangent beaucoup de viande. Ils devront diminuer cette consommation».

Dans le calcul de l’empreinte écologique, la consommation de viande se mesure en surfaces de pâturages et de fourrage nécessaires pour nourrir les animaux. Si l’on considère que les pâturages pèsent 4% de l’empreinte écologique suisse, arrêter de manger de la viande n’aurait qu’une incidence minime sur le calcul de l’empreinte écologique.

Ce calcul se base, pour la consommation alimentaire, sur les données de la FAO (organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Selon ces données mises à jour la dernière fois en 2011, les Suisses mangent essentiellement des produits laitiers et des céréales.

La consommation de viande n’arrive qu’en 6e position avec 591’000 tonnes consommées chaque année. En premier lieu, il s’agit de viande de porc avec 264’000 tonnes. Or, la viande de porc pèse très peu en empreinte écologique, le porc n’utilisant que peu de surface contrairement aux bovins. En comparaison, les importations de pétroles pèsent 27 millions de tonnes en 2015.

6. Les objectifs visés par l’initiative sont-ils atteignables d’ici à 2050?

Non, de l’avis des opposants, notamment de Benoît Genecand et de la conseillère fédérale Doris Leuthard qui estime que les Verts veulent «trop en trop peu de temps». Benoît Genecand en déduit qu'«il faudra nécessairement prendre des mesures drastiques en matière de consommation des ressources. L’Etat devra émettre des prescriptions plus sévères et introduire des taxes». La Verte, Adèle Thorens, reconnaît que «personne ne peut dire aujourd’hui si cet objectif sera atteint ou non en 2050».

Il est bien difficile d’évaluer le réalisme de l’objectif fixé et ses conséquences sur la consommation d’énergie et notamment de pétrole. De combien peut-on réduire nos émissions en changeant notre parc automobile, en isolant tous les bâtiments de Suisse, en améliorant l’efficience énergétique de nos industries? Et quels moyens politiques sont nécessaires à une telle révolution? «Il n’existe à notre connaissance aucun calcul en ce sens», répond Anne-Marie Mayerat Demarne, cheffe de la section environnement et développement durable à l’Office fédéral de la statistique.

7. Benoît Genecand: «Si la Suisse poursuit seule cet objectif, elle aura moins d’industries, moins d’emplois et moins de richesses».

Même si les objectifs de l’initiative impliqueraient une baisse des émissions de CO2 de 80%, la Suisse ne serait pas totalement isolée puisque tous les pays ayant ratifié la COP21 visent une réduction d’émissions de 40 à 70%.

8. Rolf Soiron, président de Lonza: «Certaines mesures de restriction des produits pourraient être contraires aux accords de libre-échange et à ceux de l’OMC».

C’est vrai, pour autant que le Conseil fédéral impose des prescriptions en contradiction avec ces accords, ce qu’il n’aurait probablement aucun intérêt à faire.

29 entreprises du monde entier partagent la vision des Verts d’une économie circulaire et d’un développement durable qui mise sur des solutions avec le moins d’émissions carbone possibles. Parmi elles, Lonza, Allianz, Rio Tinto. Elles estiment que cela est nécessaire au niveau environnemental mais aussi qu’elles peuvent en bénéficier économiquement.

9. Benoît Genecand: «Pour atteindre les objectifs qu’ils visent, il faudra le moins de population possible».

L’augmentation démographique est en effet l’une des causes de l’augmentation de la consommation énergétique en Suisse. L’autre cause est l’amélioration très faible de l’efficacité énergétique: isolation des bâtiments, véhicules, etc.

10. Benoît Genecand: «Le Conseil fédéral aurait la possibilité d’introduire d’autres taxes, par exemple sur les mètres carrés des logements en fonction du nombre de personnes, puisque cela contribue aussi à l’empreinte écologique».

Les zones construites, toutes zones confondues (routes, zones industrielles, infrastructures et logements), ne pèsent que 2% de l’empreinte écologique suisse (Cf. graphique ci-dessus). Il n’y aurait que peu d’impact à taxer les logements à la surface. Il y aurait par contre un intérêt potentiel à taxer les logements dont les chauffages émettent beaucoup de CO2.

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