Le peuple n’a laissé aucune chance à l’initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), qui voulait abolir le service militaire obligatoire. Aucun canton n’a soutenu le texte, balayé dimanche par 73,2% des voix.

Un peu plus de 1,76 million de personnes ont glissé un «non» dans l’urne. Le camp du «oui» a réuni moins de 646 000 personnes. Il n’y a pas eu de «Röstigraben», même si les Romands ont été moins catégoriques.

Les plus hostiles à l’initiative du GSsA sont les Uranais (85%) devant les Nidwaldiens (84,3%) et les citoyens d’Appenzell Rhodes-Intérieures (84,2%). Bâle-Ville est le seul canton alémanique avec moins de sept opposants sur dix (60,9%).

L’initiative y obtient son meilleur score après le Jura (58,6%) et Genève, canton de Suisse le plus modéré avec seulement 57,9% de «non». Côté romand, les Genevois sont suivis par les Valaisans (74,8%) et les Fribourgeois (70,5%). Les Vaudois repoussent le texte par 66,2%, les Neuchâtelois par 62,4%. Berne enregistre 75,3% de «non», le Tessin 72%.

Vice-président des Verts suisses et membre fondateur du GSsA, l’ancien conseiller national Josef Lang n’a pas caché que pour son mouvement pacifiste et antimilitariste, «c’est aujourd’hui une grave défaite». Le GSsA a sous-estimé deux phénomènes, selon lui. D’abord l’adhésion de l’électorat du centre droite à l’obligation de servir comme signe identitaire. Ensuite le désintérêt de la gauche urbaine qui ne se sent plus concernée. «Dans les villes, on en est arrivé à un point de dispenses qui fait qu’en réalité n’effectue encore son service que celui qui le veut bien», admet Josef Lang.

Le climat d’insécurité en Europe a créé une tension entre liberté et sécurité, «nous ne sommes plus dans l’euphorie pacifiste de 1989. La crise en Europe crée un climat d’incertitude» analyse le vice-pprésident des Verts. Le problème des partisans de l’initiative était aussi que les réponses aux questions sur les effets de leur initiative sur les effectifs et missions de l’armée, sur l’avenir de la protection civile étaient trop diverses. «Nous n’avions pas qu’une réponse, nous en avions plusieurs», dit Josef Lang. Cela dit, il estime que l’initiative a permis au moins de faire en sorte que le service civil de remplacement ne soit plus contesté par les milieux conservateurs. Mais il doute de la volonté politique pour régler les question d’égalité et de compatibilité entre obligations militaires et professionnelles. «On va continuer à faire du pragmatisme comme aujourd’hui, toujours moins de jeunes urbains feront toujours moins de service, car avec une armée de 100 000 hommes nous aurons toujours trop de soldats potentiels.»

En 1989, un premier texte du GSsA demandant l’abolition de l’armée avait recueilli 35,6% de «oui» en 1989. La deuxième initiative n’avait convaincu que 22% des votants en 2001.