L’initiative dite de limitation lancée par l’UDC serait en passe d’être rejetée et l’arrêté fédéral pour l’acquisition de nouveaux avions de combat serait accepté. Ce sont les deux tendances esquissées par le sondage réalisé par l’institut gfs.bern pour la SSR. L’enquête d’opinion conduite auprès de près de 30 000 personnes entre le 3 et le 17 août (avec une marge d’erreur de 2,9%) révèle que 61% des participants seraient prêts à refuser l’initiative de l’UDC. 35% se disent favorables à ce texte qui mettrait un terme à la libre circulation des personnes et obligerait le Conseil fédéral à entamer de nouvelles négociations avec l’UE.

Pour gfs.bern, cette tendance est «atypique pour une initiative». Généralement, c’est en début de campagne que les initiatives réalisent leur meilleur score, puis le soutien s’étiole au fil des semaines. Dans le cas présent, le non est déjà en tête. Les auteurs de l’enquête estiment que les opinions se situent «à un stade de formation avancé». Les adversaires de l’initiative rappellent cependant que, en 2014, l’initiative contre l’immigration de masse avait aussi été donnée perdante plusieurs semaines avant le vote. Elle a finalement été acceptée.

Vote de protestation pas exclu?

Ce basculement risque-t-il de se reproduire? L’institut de sondage ne le pense pas. Mais il ne peut pas non plus exclure «un événement» qui aurait «le pouvoir de faire basculer l’opinion» et d’entraîner une majorité à accepter l’initiative sous la forme d’un vote de protestation.

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Il relève que, pour l’instant, aucun des trois arguments invoqués par les partisans de l’initiative ne s’impose clairement dans la discussion publique. L’UDC veut que la Suisse réglemente seule son immigration, dans laquelle elle voit une menace pour l’environnement, les salaires et les assurances sociales. Et l’UDC ne craint pas que l’UE résilie l’ensemble du premier paquet d’accords bilatéraux, dont la libre circulation des personnes fait partie. Aucun de ces trois arguments ne semble convaincre une majorité. Au contraire, les personnes sondées ont plutôt tendance à penser que, sans les accords bilatéraux, la Suisse manquerait de spécialistes et verrait sa prospérité freinée.

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Le rejet de l’initiative est plus net en Suisse romande que dans les autres régions linguistiques. Il atteint 71%, contre 59% outre-Sarine et 49% outre-Gothard. Ce n’est pas surprenant dans la mesure où la situation du marché du travail est beaucoup plus tendue au Tessin qu’ailleurs dans le pays. Selon gfs.bern, l’initiative pourrait d’ailleurs être acceptée dans ce canton.

Avions de combat: Romands partagés

L’achat de nouveaux avions de combat est, lui, approuvé par 58% des participants. Et 29% y sont opposés. Mais l’état de formation de l’opinion est moins avancé que pour l’initiative de résiliation, note gfs.bern. Sans surprise, le soutien est plus fort à droite qu’à gauche. Les sympathisants du Parti vert’libéral sont divisés: ils se répartissent à parts égales (47%) dans les deux camps.

L’appui est plus net en Suisse alémanique: il atteint 60%. La Suisse italienne dirait oui à 57% et la Suisse romande à seulement 48% pour 47% de non et 5% d’indécis. L’institut relève que les femmes sont plus sceptiques que les hommes face à cette acquisition: elles seraient seulement 50% à voter en faveur du remplacement de la flotte militaire aérienne, alors que l’approbation grimpe à 64% auprès de la gent masculine.

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Le principal argument en faveur de cette dépense de 6 milliards de francs, prélevée sur le budget de l’armée et répartie sur plusieurs années, est la nécessité de disposer d’une armée de l’air moderne, efficace et autonome. Parmi les arguments militant contre cet achat, il y a en premier lieu la situation de crise que la Suisse traverse. 47% des personnes interrogées souhaitent que l’argent soit affecté à d’autres fins. Selon gfs.bern, la crise du coronavirus peut permettre aux opposants de marquer encore des points d’ici au 27 septembre. Mais les enquêteurs n’excluent pas qu’elle puisse avoir un effet inverse: une partie de l’électorat, soucieuse d’assurer la sécurité du pays en cette période de tensions économiques, financières et sociales, pourrait être tentée de voter oui.