Se dirige-t-on vers un succès de l’initiative de l’UDC sur l’expulsion des criminels étrangers et un échec du contre-projet et de l’initiative fiscale du Parti socialiste? Ce sont en tout cas les tendances qui se dégagent du deuxième sondage réalisé par l’institut gfs.berne pour le compte de la SSR, et qui a été rendu public mercredi en fin de journée. Mais il reste dix jours jusqu’au scrutin. Mercredi, la participation s’élevait à 27,5% à Genève, mais elle va encore augmenter, de sorte que la situation peut encore évoluer.

Selon cette prise de température, effectuée auprès de 1207 personnes entre le 8 et le 13 novembre avec une marge d’erreur de plus ou moins 2,9%, l’initiative de l’UDC continue d’avoir le vent en poupe. 54% des personnes questionnées (58% en octobre) disent apporter leur soutien à ce texte, alors que 43% (36% le mois précédent) s’y opposent, les indécis n’étant plus que 3%. Cela démontre que le camp du non s’est légèrement renforcé, mais peut-être pas suffisamment pour empêcher une victoire de l’UDC.

Scénario invraisemblable

Le résultat du contre-projet évolue peu. Selon l’enquête publiée mercredi, 43% des personnes interrogées (41% en octobre) le défendent alors que 49%, comme le mois précédent, le rejettent, la part d’indécis reculant de 10 à 8%. C’est principalement dans les rangs des partis du centre droit que les avis se sont modifiés, davantage au Parti libéral-radical (PLR) qu’au PDC d’ailleurs. Dans le camp rose-vert, le double non aux deux propositions continue d’être majoritaire avec une minorité importante en faveur du contre-projet. Quant à l’électorat de l’UDC, il soutient toujours très nettement l’initiative lancée par le parti. Il n’y a là guère de surprise.

Comme il est possible de dire oui aux deux textes, faudra-t-il recourir à la question subsidiaire qui est posée aux électeurs? L’institut gfs.bern juge ce scénario «incertain voire invraisemblable», car il paraît peu probable qu’un double oui sorte des urnes. Selon l’institut, on s’achemine ainsi vers une victoire de l’initiative de l’UDC. Mais il reste dix jours, et le PLR comme le PDC annoncent qu’ils continueront à se battre pour le contre-projet.

Le changement est plus spectaculaire pour l’initiative fiscale du Parti socialiste, qui veut obliger les cantons à prélever un impôt minimal sur les revenus élevés et les grandes fortunes. En octobre, le premier sondage avait déclenché une onde de choc, car il donnait le oui gagnant à raison de 58% sur le plan national et même de 68% en Suisse romande. Cela a changé. «La tendance de l’opinion progresse en direction du non», diagnostiquent les auteurs de l’étude. Début novembre, le oui n’est plus que de 46%, soit douze points de moins, alors que le non est monté de 23 à 39%. En Suisse romande, le soutien au projet du PS a reculé de 68% à 51% alors que les avis défavorables ont grimpé de 14 à 31%, la part d’indécis restant inchangée à 18%.

Le comité politique réunissant tous les partis de droite et du centre droit s’est réjoui de la tournure des événements. «Les citoyens ne se laissent pas tromper», commente la «coalition du non». De son côté, le PS note que «la justice fiscale est toujours en pole position».

Comment expliquer la spectaculaire progression du non? Premièrement, explique gfs.bern, ce sont les électeurs qui se disent proches du PLR et du PDC qui ont le plus fortement changé d’avis. Dans ces deux partis, le non domine désormais. L’opposition reste forte parmi les personnes disposant d’un revenu élevé, mais, curieusement, elle progresse également auprès des contribuables dont les revenus sont bas. Le PS met cela sur le compte de la «désinformation» des opposants.

Double majorité nécessaire

La classe moyenne reste, elle, plutôt favorable au projet du Parti socialiste. Les arguments qui motivent le plus le rejet de l’initiative sont la souveraineté fiscale ainsi que la crainte de voir la classe moyenne ou l’ensemble des contribuables payer davantage d’impôts. A l’inverse, l’argument le plus porteur des partisans de l’initiative est clairement la volonté de faire passer les «multimillionnaires» à la caisse.

A priori, gfs.bern n’exclut pas l’échec de l’initiative du PS, notamment parce qu’elle exige la double majorité du peuple et des cantons. L’enquête a toutefois été menée avant les menaces d’exil économique brandies par quelques gros entrepreneurs, menaces qui pourraient se révéler contre-productives.