Se dirige-t-on vers un succès de l’initiative de l’UDC sur l’expulsion des criminels étrangers et un échec du contre-projet et de l’initiative pour l’équité fiscale du Parti socialiste? Ce sont en tout cas les tendances qui se dégagent du deuxième sondage réalisé par l’institut gfs.bern pour le compte de la SSR et rendu public ce mercredi en fin de journée. Mais il reste dix jours jusqu’au scrutin, et la situation peut encore évoluer.

Selon cette prise de température, effectuée auprès de 1207 personnes entre le 8 et le 13 novembre avec une marge d’erreur de plus ou moins 2,9%, l’initiative de l’UDC continue d’avoir le vent en poupe. 54% des personnes questionnées (58% en octobre) disent apporter leur soutien à ce texte, alors que 43% (36% le mois précédent) s’y opposent, les indécis n’étant plus que de 3%. Cela démontre que le camp du non s’est légèrement renforcé, mais peut-être pas suffisamment pour empêcher une victoire de l’UDC.

Le résultat du contre-projet évolue peu. Selon l’enquête publiée mercredi, 43% des personnes interrogées (41% en octobre) le défendent alors que 49%, comme le mois précédent, le rejettent, la part d’indécis reculant de 10 à 8%. C’est principalement dans les rangs des partis du centre droit que les avis se sont modifiés, davantage au PLR qu’au PDC d’ailleurs. Dans le camp rose-vert, le double non aux deux propositions continue d’être majoritaire, mais une minorité importante se dit prête à voter pour le contre-projet. Quant à l’électorat de l’UDC, il soutient toujours très nettement l’initiative lancée par le parti.

Comme il est juridiquement possible de dire oui aux deux textes, faudra-t-il recourir à la question subsidiaire qui est posée aux électeurs? L’institut gfs.bern juge ce scénario «incertain voire invraisemblable», car il paraît peu probable qu’un double oui sorte des urnes. Selon l’institut, on s’achemine ainsi vers une victoire de l’initiative de l’UDC. Mais il reste dix jours.

Les bas revenus opposés à l’initiative

Le changement est plus spectaculaire pour l’initiative fiscale du Parti socialiste, qui veut obliger les cantons à prélever un impôt minimal sur les revenus élevés et les grandes fortunes. En octobre, le premier sondage avait déclenché une onde de choc, car il donnait le oui gagnant à raison de 58% sur le plan national et même de 68% en Suisse romande. Cela a changé. «La tendance de l’opinion progresse en direction du non», diagnostiquent les auteurs de l’étude. Début novembre, le oui n’est plus que de 46%, soit douze points de moins, alors que le non est monté de 23 à 39%. En Suisse romande, le soutien au projet du PS a reculé de 68% à 51% alors que les avis défavorables ont grimpé de 14 à 31%, la part d’indécis restant inchangée à 18%.

Qu’est-ce qui explique cette spectaculaire progression du non? Premièrement, explique l’institut gfs.bern, ce sont les électeurs qui se disent proches du PLR et du PDC qui ont le plus fortement changé d’avis. Dans ces deux partis, le non domine désormais. L’opposition reste forte parmi les personnes disposant d’un revenu élevé, mais, curieusement, elle progresse également auprès des contribuables dont les revenus sont bas. La classe moyenne reste, elle, plutôt favorable au projet du Parti socialiste. Les arguments qui motivent le plus le rejet de l’initiative sont la souveraineté fiscale ainsi que la crainte de voir la classe moyenne ou l’ensemble des contribuables payer davantage d’impôts. A l’inverse, l’argument le plus porteur des partisans de l’initiative est clairement la volonté de faire passer les «multimillionnaires» à la caisse.

A priori, l’institut gfs.bern tend à pronostiquer l’échec de l’initiative socialiste, notamment par le fait qu’elle exige la double majorité du peuple et des cantons. Mais il reste dix jours jusqu’au scrutin. Or, l’enquête a toutefois été menée avant les menaces d’exil économique brandies par quelques gros entrepreneurs du pays, menaces qui risquent de se révéler contre-productives.