Les initiants ont finalement atteint leur but, à en croire leur site internet: faire réfléchir et faire parler de la cause des victimes de pédophilie et de meurtre commis «en concours avec des violences sexuelles». Il est vrai que l’initiative a fait la une de nombre sites d’information on line tout l’après-midi de mardi, Forum sur la RSR lui a consacré une large place, ne convoquant pas moins de deux avocats pénalistes pour commenter le texte, et même l’éditorial de la RSR lui était consacré ce matin, avec cette conclusion: ce texte nous renvoie dans le passé, et désigne la Suisse une nouvelle fois à la vindicte du monde. Personnel politique, éditorialistes, la condamnation a été presque unanime.

Les auteurs de l’initiative s’attendaient-ils à autant de réactions? Leur texte était, de l’avis de presque tous les juristes, inapplicable même s’il était formellement valide, parce qu’en contradiction (entre autres) avec un protocole de la Convention européenne des droits de l’homme, adopté par la Suisse et non dénonçable. Les auteurs souhaitaient également que la peine de mort puisse être appliquée avec effet rétroactif aux auteurs de crimes visés par le texte: là encore, c’est éminemment contraire aux principes du droit.

Le texte est donc retiré. Il reste que la virulence des propos relevés sur plusieurs forums en ligne, en opposition avec le discours politique général, peut inquiéter. Les initiants voulaient faire réfléchir, disaient-ils, démontrer que la justice était du côté des criminels et non des victimes, selon eux – ils ont aussi sollicité une autre prise de conscience, celle que les initiatives devraient peut-être être plus encadrées, et filtrées avant même la récolte des signatures.