La population suisse, dans sa majorité, n’a pas été impressionnée par les mots d’ordre de la gauche, du centre-droit, des églises et de juristes mettant en garde contre les conséquences de l’initiative: des expulsions automatiques d’étrangers établis de longue date pour des peccadilles, et une dégradation des relations avec l’Union européenne, qui juge le texte contraire aux accords sur la libre-circulation.

Le contreprojet, soutenu par le centre-droit et une minorité de socialistes – la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga en tête –, a subi un échec cuisant: aucun canton ne l’a accepté. C’est un revers cruel pour la majorité du parlement et pour le centre-droit, qui avait porté ce texte afin de barrer la route à l’initiative. Mais sans moyens financiers, sans mot d’ordre mobilisateur, et face à l’opposition résolue d’une partie de la gauche, qui prônait le double Non, ce texte n’a eu aucune chance. «Le contreprojet a légitimé l’initiative dont il était une pâle copie, mais les gens préfèrent l’original», accusait, avant même la votation, le président des Verts Ueli Leuenberger.

Les partis de la gauche et du centre, divisés, n’ont toujours pas trouvé la parade face à la formation blochérienne. Les slogans du type «non à l’UDC» sont restés sans effet dans cette votation; le contreprojet, qui se voulait plus constructif et plus subtil, a été également inefficace. Pour Guido Weber, conseiller en communication zurichois qui a plusieurs fois mené campagne contre l’UDC, le seul moyen de combattre avec succès ses propositions est d’amener l’électeur à réagir «sur le plan de la raison», comme il le disait récemment au Tages-Anzeiger. C’est ce que visait justement le contreprojet. Mais cette tentative de rationaliser le débat sur les criminels étrangers a échoué.

Reste à voir si le centre-droit et la gauche feront mieux en 2011. Et si les nouvelles offensives lancées par l’UDC sur des sujets de société – de l’école laxiste aux médias inféodés à la gauche – lui serviront, après l’initiative sur le renvoi, de tremplin victorieux pour les élections fédérales.