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L'initiative sur le renvoi perd de sa popularité

Le non se renforce pour les quatre objets du scrutin fédéral du 28 février, indique l'ultime sondage gfs.bern. L'initiative de mise en œuvre de l'expulsion des délinquants étrangers passe à 46% de oui, 49% de rejet, et... une marge d'erreur de 2,7%

Le camp du non s’est renforcé pour les quatre objets du scrutin fédéral du 28 février. Par rapport au premier sondage de janvier, l’enquête réalisée en février auprès de 1411 personnes par l’institut gfs.bern pour le compte de la SSR montre une progression générale de l’opposition à l’initiative du PDC sur l’imposition des couples (17 points), à l’initiative sur la spéculation alimentaire (15 points), au doublement du tunnel routier du Gothard (10 points) et à la seconde initiative de l’UDC sur le renvoi des criminels étrangers (7 points).

L’initiative de mise en œuvre de l’expulsion des délinquants étrangers a perdu de sa popularité. En janvier, gfs.bern la donnait gagnante à 51%. Mais le oui n’est plus que de 46% alors que le non a progressé de 42 à 49%, la marge d’erreur étant de 2,7%.

Lire aussi: Bon soutien pour l’initiative du PDC et le Gothard

La forte mobilisation contre cette offensive de l’UDC a eu un écho très perceptible. Le directeur de la Fédération des entreprises romandes (FER) Blaise Matthey, qui s’implique personnellement dans ce combat, s’en réjouit. «Nous partions de très loin. Tout le monde donnait l’initiative gagnante. Le fait que le résultat s’annonce serré est une sacrée progression par rapport à ce qu’on nous avait prédit. Il est rassurant de voir qu’un message de raison peut aussi toucher le cœur des gens et de constater la maturité politique du peuple suisse», commente-t-il.

■ Renvois: un scénario contraire à celui du 9 février 2014

Il relève que la tendance actuelle est exactement inverse à celle qui avait précédé le vote du 9 février 2014 à propos de l’initiative sur l’immigration. Celle-ci avait gagné du terrain à l’approche de la date du scrutin et avait été acceptée. Dans le cas présent, l’initiative de mise en œuvre recule et l’institut gfs.bern annonce l’issue «ouverte» avec une tendance qui irait «plutôt vers le non».



Plusieurs arguments sont invoqués pour s’opposer à cette seconde initiative sur les «moutons noirs»: absence d’une clause particulière pour les cas de rigueur, difficultés aggravées dans les relations avec l’Union européenne, problématique des secondos, loi d’application «raisonnable» adoptée par le parlement, violation des droits de l’homme. Du côté du oui, c’est toujours la volonté de procéder au renvoi sans concession des criminels étrangers qui domine. Le projet d’article constitutionnel très détaillé proposé par l’UDC reste populaire auprès des électeurs proches de ce parti. Elle a en revanche perdu de nombreux soutiens dans les rangs démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux.

■ Pour le Gothard, la peur des quatre pistes

Evalué à 64% en janvier, le soutien au percement d’un second tunnel routier au Gothard marque lui aussi le pas. Il a reculé à 56% alors que le non a progressé de 29 à 39%. Cela s’explique par la campagne extrêmement vigoureuse menée par les opposants. Du côté des partisans, l’argument de la sécurité reste celui qui convainc le plus. Deux tunnels équipés d’une voie de circulation chacun sont jugés plus sûrs qu’un seul tube à double voie par 88% des personnes interrogées.



Parmi les arguments des adversaires, celui qui s’impose le plus fortement est la crainte de l’utilisation, sous l’effet de pressions intérieures et extérieures, des quatre pistes théoriquement disponibles. L’institut gfs.bern constate une évolution inhabituelle pour un projet présenté par le Conseil fédéral et combattu par référendum: le camp du oui faiblit en cours de campagne et la tendance glisse vers le non. Son pronostic reste toutefois réservé: «Le oui reste le scénario le plus vraisemblable, mais il n’est plus assuré», annonce-t-il.

Sans surprise, c’est en Suisse alémanique que la perspective de creuser un second trou routier sous le Gothard séduit le plus. Le oui se situe à 58%, mais il est en recul de 8 points. En Suisse romande, le oui est passé en un mois de 53 à 47%, ce qui s’explique par l’éloignement géographique et par la crainte de concurrence pour d’autres projets jugés plus importants. Mais c’est paradoxalement au Tessin que le soutien a le plus chuté. De 76% en janvier, il est descendu à 51%. gfs.bern explique cette évolution par la très forte mobilisation des opposants italophones.

■ L’initiative sur les couples mariés coule à pic

L’initiative du PDC sur l’imposition des couples mariés coule à pic. En janvier, on lui promettait une large approbation (67% de oui). Ce scénario appartient au passé. Le oui n’est plus que de 53% alors que le non s’est hissé de 21 à 38%. Les partisans de l’article constitutionnel réclamant l’égalité de traitement fiscal des couples mariés et retraités par rapport aux concubins continuent de penser que l’initiative est le meilleur moyen d’atteindre ce but.



Mais les arguments des adversaires ont commencé à faire mouche. gfs.bern en invoque deux: l’allégement fiscal profiterait surtout aux riches et les couples de même sexe seraient discriminés. gfs.bern laisse l’issue ouverte, mais constate une «tendance claire vers le non».

■ Sécurité alimentaire: refus en vue

Enfin, l’initiative des Jeunes socialistes contre la spéculation sur les denrées alimentaires n’a guère de chances de passer le rampe le 28 février. Le oui a régressé de 48 à 31% alors que le non est monté de 39 à 54%.



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