L'initiative populaire «Rues pour tous» a subi la même sortie de route que l'initiative «Rétrotrafic» l'an dernier. 79,7% de la population l'a rejetée et il ne s'est pas trouvé un seul canton ou demi-canton pour la soutenir. Les régions très urbanisées, en particulier Bâle-Ville (64,2% de non) et Genève (74,9%), de même que les cantons de Zurich (75%), de Berne (77,8%) et des Grisons (74,4%), ont été les moins durs avec ce projet. La participation s'est élevée à 55,2%.

Dans le but d'augmenter la sécurité, l'initiative voulait imposer le 30 km/h sur tous les axes routiers situés à l'intérieur des localités. Elle aurait toléré quelques exceptions, notamment sur des routes principales. Mais le peuple a dit non. «Le résultat du vote montre que la généralisation du 30 km/h est irréaliste. Nous avons déjà près d'un millier de zones limitées à cette vitesse-là. Elles se situent dans des quartiers où la sécurité requiert une grande prudence», commente le directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), Pierre Triponez, qui a conduit la campagne d'opposition à «Rues pour tous».

Du côté des promoteurs de l'initiative, on s'efforce de relativiser la défaite. L'Association Transports et Environnement (ATE) s'est certes déclarée «déçue», mais elle salue le fait que l'initiative a «donné lieu à un débat nourri sur la prévention routière». Elle condamne l'attitude du Bureau pour la prévention des accidents (bpa), qui ne lui a pas apporté son soutien, mais salue le fait que le Conseil fédéral ait mis en consultation, quelques semaines avant le vote, un paquet de mesures destiné à faciliter la tâche des communes qui veulent étendre leur réseau de rues limitées à 30, voire 20 km/h.

Favoriser les zones 30 km/h

Pour le chef du Département fédéral des transports, Moritz Leuenberger, le non sec et sonnant à «Rues pour tous» témoigne de «la confiance de la population envers nos promesses. Nous avons dit que nous voulions plus de secteurs 20 km/h et 30 km/h et les gens ont rejeté l'initiative populaire parce qu'ils nous ont crus. Les solutions que nous avons proposées permettent de lever les obstacles bureaucratiques qui entravent la création de telles zones. Par ailleurs, nous avons aussi présenté au parlement une révision de la loi sur la circulation routière qui a pour but d'accroître la sécurité au volant (notamment par l'abaissement du taux d'alcoolémie à 0,5‰, ndlr). Ce projet a malheureusement pris du retard parce que les commissions parlementaires veulent procéder à des auditions», commente le président de la Confédération.

Les contre-propositions mises en consultation semblent admises par les adversaires de «Rues pour tous» eux-mêmes. «Nous ne nous opposons pas aux mesures du Conseil fédéral. Il y a beaucoup d'endroits où il paraît justifié de limiter la vitesse à 30 km/h. Nous souhaitons simplement que les emplacements où une telle réduction de vitesse sera imposée soient clairement délimités», fait remarquer Pierre Triponez.