L'initiative «pour l'introduction d'un centime solaire», plus connue sous le simple nom d'«initiative solaire», a été déposée en mars 1995, munie de près de 115 000 signatures. Elle demande l'introduction d'une redevance sur les énergies non renouvelables, c'est-à-dire le charbon, l'uranium, le gaz et les produits pétroliers (essence, diesel, mazout). Le montant de cette taxe doit être, dans un premier temps, de 0,1 ct./kWh. Elle doit être progressivement hissée à 0,5 ct./kWh. Sa durée de vie est de 25 ans, mais elle ne sera pleinement prélevée qu'à partir de la cinquième année.

Cette proposition doit rapporter quelque 750 millions par an. L'initiative requiert que la moitié de cette somme soit utilisée pour promouvoir l'énergie solaire, notamment sur les bâtiments. L'autre moitié doit favoriser «l'utilisation rationnelle et durable de l'énergie», par exemple par l'isolation des bâtiments, l'installation de couplages chaleur-force, les pompes à chaleur, etc.

L'initiative est soutenue par l'ensemble des organisations écologistes et de la gauche politique et syndicale. Elle a par ailleurs séduit de nombreux politiciens du camp bourgeois, par exemple les PDC Eugen David, Bruno Frick et Wilhelm Schnyder, les radicaux Marc Suter et John Dupraz, le libéral Christoph Eymann, les UDC Christoffel Brändli, Brigitta Gadient et Hermann Weyeneth. L'Union suisse des paysans dit également oui parce qu'elle est favorable aux énergies renouvelables. Par souci tactique, les cantons de montagne se trouvent aussi dans le camp du oui, mais ils préfèrent le contre-projet, car celui-ci profitera aux centrales hydroélectriques.

Pour le comité d'initiative, cette taxe permettra de créer entre 35 000 et 63 000 emplois dans des domaines technologiques nouveaux, notamment le solaire, où, affirme-t-il, la Suisse joue un rôle de pionnier. Elle sera supportable pour les ménages, car, dit-il, le centime solaire coûtera 3 fr. 55 par mois, ce qui équivaut au prix d'un café (dans les grandes villes alémaniques en tout cas), mais il contribuera aussi à réduire fortement les frais de chauffage et permettra une économie nette moyenne de 12 à 14 francs par mois.

Le Conseil fédéral, le parlement, les partis gouvernementaux de droite et les milieux économiques ne partagent pas cet optimisme. Ils voient dans cette initiative un frein au développement économique et le fait qu'elle accorde des délais d'adaptation aux entreprises qui consomment beaucoup d'énergie n'y change rien. Ils lui reprochent de coûter trop cher pour promouvoir un secteur – le solaire – qui ne parvient pas à s'imposer sur le marché. Le PDC, le PRD et l'UDC la rejettent. Pour l'économie, qui fonde ses estimations sur la consommation actuelle, l'initiative solaire renchérira les frais de chauffage de 54 francs par an pour une surface habitable de 90 m2 et une consommation moyenne de 12 l de mazout. Quant à l'essence, elle coûtera 60 fr. 75 de plus par an pour une voiture consommant 9 l/100 km et effectuant 15 000 km par an.