Si vous n’en voyez qu’à la télé dans les publicités, les vaches ont toutes des cornes. Mais allez vous promener à la campagne et vous verrez une réalité toute différente: la très grande majorité d’entre elles aujourd’hui n’en ont plus.

Au-delà de cette impression générale, il est bien difficile d’obtenir des données précises, faute de statistiques officielles. Le nombre de vaches qui ont des cornes semble toutefois bien supérieur aux 10% souvent avancés dans cette campagne.

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«Une enquête menée en 2014 a révélé un pourcentage de cornes de 27% chez les vaches laitières», indique Jürg Jordi, porte-parole de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). «Ce chiffre ne se fonde toutefois que sur les données de 1200 des quelque 20 000 producteurs laitiers suisses.» L’OFAG table donc sur environ un quart de vaches avec des cornes.

Etables plus grandes

Directeur de l’Union suisse des paysans (USP), qui laisse la liberté de vote sur cette initiative, Jacques Bourgeois avance des chiffres similaires: «Environ 150 000 des 600 000 vaches laitières ont aujourd’hui encore des cornes», indique-t-il.

Pour ce qui est des chèvres, car l’initiative populaire pour des vaches à cornes les concerne aussi, il semble que deux tiers des 75 000 chèvres suisses ont des cornes, selon l’estimation de l’OFAG.

L’initiative réclame que les éleveurs qui laissent leurs cornes à leurs bêtes touchent des subventions. Elle n’évoque pas de montant, mais les initiants en articulent de très précis durant la campagne, à savoir 190 francs par an et par vache, 38 francs par chèvre.

«Ces montants correspondent à ceux que touchent les éleveurs qui sortent presque tous les jours leurs bêtes», explique Tamara Fretz, du comité d’initiative. Pour toucher cette subvention, un éleveur doit pouvoir justifier 26 sorties par mois au pâturage entre mai et octobre. C’est aussi cette somme qui a été spécifiée dans un contre-projet à l’initiative qui a fait long feu au parlement.

«C’est une aide bienvenue, mais cela ne compense pas les surcoûts pour les éleveurs», ajoute cette comportementaliste animalière. On estime en effet qu’il faut des étables un tiers plus grandes pour le même nombre de bêtes si les vaches ont des cornes, histoire de limiter les risques de blessure.

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Des paysans inquiets pour le budget

Sur la base de ces chiffres, l’initiative devrait coûter une trentaine de millions de francs par an. Si elle est acceptée, le Conseil fédéral ou le parlement pourrait toutefois fixer un autre montant de subvention. «En fonction des modalités concrètes de mise en œuvre, l’initiative coûtera entre 10 et 30 millions de francs par an à la Confédération», annonce prudemment Jürg Jordi.

Cela représente au maximum 1% du total des paiements directs versés aux agriculteurs (2,8 milliards). En cas d’acceptation, tant les initiants que le Conseil fédéral envisagent d’intégrer cette somme dans le budget agricole, ce qui impliquerait des coupes dans d’autres prestations.

Et là, c’est au tour des paysans de montrer les cornes. «Il n’est pas question de prendre dans les poches d’un producteur pour les donner à un autre», s’emporte Jacques Bourgeois. «Si le peuple veut cette subvention, ce n’est pas aux paysans à la financer. Il faudra augmenter d’autant le budget agricole.» Cela promet un nouveau combat au parlement.


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