L’inondation qui condamne une forêt centenaire

Valais Le lit du Rhône a été creusé trop profondément, provoquant lors d’une crue une montée de la nappe phréatique qui a inondé une décharge contenant du fluor près de Sierre

Le WWF remet en cause la pose urgente d’un drain qui a exigé une déforestation

Les procédures et les expertises sont en cours, mais l’incident aura coûté plusieurs millions ainsi que 10 000 mètres carrés d’une forêt vieille de 200 ans, selon le WWF. En été 2012, une petite crue du Rhône provoque une montée inexpliquée de la nappe phréatique dans la région de Pramont, sur la commune de Sierre. En cause, selon les informations du Temps, deux entreprises mandatées pour des travaux de curage du Rhône qui auraient creusé le lit du fleuve trop profondément, augmentant les échanges possibles entre le fleuve et la nappe phréatique.

«Quand les relations entre Rhône et nappe sont modifiées, cette dernière peut remonter et affleurer les sols», explique Tony Arborino, chef de la section Protection contre les crues du Rhône de l’Etat du Valais. Tout près, se trouve l’ancienne décharge d’Alusuisse, contenant notamment du fluor. «Selon le responsable de Rio Tinto [exploitant actuel du site], des valeurs élevées en fluor, supérieures aux valeurs habituelles, ont été relevées en aval de la décharge, ce qui tend à démontrer qu’il y a eu un lessivage anormal du pied de la décharge», estime le WWF. Le Service de protection de l’environnement de l’Etat du Valais (SPE) ne pouvait pas répondre hier, mais Tony Arborino estime que ces incidents ont été ponctuels. «La nappe n’est montée que suite à une crue du Rhône», explique-t-il. «Nous avons effectué des travaux urgents afin de garantir la sécurité de la région avant la crue suivante», poursuit-il.

La première étape de ces travaux consiste à creuser des puits permettant de pomper l’eau de la nappe phréatique. «Nous l’avons fait pendant l’été 2012, puis nous avons défriché une bande de forêt près de la digue du Rhône afin de poser un drain», explique Tony Arborino. Mise à l’enquête a ­posteriori, en mai 2014, cette ­déforestation de 15 mètres de large sur environ 500 mètres de long est remise en cause par le WWF en juin dernier. «Il s’agit en partie d’une aulnaie humide âgée, anciennement alluviale, servant d’abri et de site de ­nourrissage à une faune rare et diversifiée», précise l’organisation, qui demande des mesures de compensation écologique. Elle estime aussi que la deuxième partie des travaux, soit la déforestation, n’était plus urgente et que le canton aurait pu faire une mise à l’enquête en bonne et due forme. «Les puits et le drainage faisaient partie d’un même concept et devaient être réalisés avant les hautes eaux du printemps 2013», argumente Tony Arborino.

Un problème comparable est survenu la même année à Dorénaz, près de Martigny. Le lit du fleuve ayant été creusé trop profondément, ses digues ont été fragilisées. Il aura fallu les renforcer pour 1,5 million de francs, selon les informations du Temps. Les travaux étaient conduits par une troisième entreprise.

Les curages du fleuve pour en retirer les graviers gênant l’écoulement des eaux sont très courants. «Nous en réalisons entre un et trois par année, ce ne sont pas des travaux difficiles, et c’est la première fois que nous rencontrons de tels problèmes», dit Tony Arborino. Certaines entreprises, spécialisées dans le béton, ont des concessions d’exploitation sur des tronçons du fleuve pour des dragues fixes. Elles peuvent aussi être mandatées, sous contrôle du canton, pour des interventions ponctuelles. Elles ont donc une certaine pratique de ces interventions. Sans la crue de l’été 2012, les gravats charriés par le fleuve auraient peut-être bouché les trous de son lit sans que personne ne s’aperçoive qu’il avait été creusé trop profondément.

Les procédures étant en cours, ni l’Etat du Valais, ni les deux entreprises concernées ne souhaitent expliquer ce qu’il s’est passé à Pramont. Mais, selon nos informations, l’Etat du Valais leur réclame plusieurs millions de remboursements.

«Des valeurs élevées en fluor, supérieures aux valeurs habituelles, ont été relevées en aval de la décharge»