Tout le monde est d'accord sur les objectifs mais personne ne s'entend sur la façon de les atteindre. Comment organiser une politique cohérente d'intégration des étrangers? Malgré son statut de ville internationale, malgré ses 40% d'étrangers, malgré sa réputation d'ouverture, Genève semble avoir du mal à coordonner les efforts des principaux acteurs concernés. Pour l'instant, le gouvernement genevois, les associations sur le terrain et les partis politiques semblent jouer une partie de cache-cache compliquée, où chacun tire la couverture à soi pour des raisons qui lui sont propres.

Dernier épisode en date: la création en juin dernier d'une commission extraparlementaire, chargée par le Conseil d'Etat de définir pour le mois de septembre un concept d'accueil et d'intégration des étrangers ainsi qu'un projet de loi sur l'intégration. Mandaté par le gouvernement, l'ex-conseiller d'Etat Dominique Föllmi a été choisi pour diriger cette commission. Or depuis deux mois, rien ne va plus. Les principales associations travaillant à l'intégration sur le terrain, Mondial Contact et le Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI), ont refusé d'y participer, malgré les invitations pressantes de Dominique Föllmi.

Même réaction de la part de l'Alternative, qui n'a envoyé aucun représentant politique. Quant aux partis de l'Entente, ils ne semblent pas particulièrement investis. Les radicaux ont bien choisi Michel Rossetti, ancien maire de Genève, mais ce dernier est en vacances. Les libéraux, eux, ont délégué un retraité membre du parti de longue date mais peu au fait des problèmes d'intégration. Autant dire que la commission ne représente pas pour l'instant un enjeu essentiel. Cette dernière ne s'est d'ailleurs toujours pas réunie à l'heure actuelle. L'été est une mauvaise période pour mobiliser des intérêts, mais cela n'explique pas tant de réticences.

Pour le CCSI et de Mondial Contact, la lassitude devant l'incohérence du travail de l'Etat est à l'origine de leur refus. «A la suite de l'échec de la Fondation pour l'intégration des immigrés (Finim) au printemps dernier – fondation qui a été dissoute après plusieurs années de travail infructueux avec tous les acteurs concernés – nous avons choisi de travailler de notre côté afin de proposer aux autorités politiques des pistes sérieuses sur lesquelles ils pourraient se baser par la suite, explique Boris Drahusak de Mondial Contact. Notre courrier au Conseil d'Etat, daté du mois de mars, n'a jamais reçu de réponse. En juin, nous avons appris qu'une commission extraparlementaire se créait et que nous en faisions partie. Nous avons refusé.» Et Sandrine Salerno du CCSI d'ajouter: «Il n'était plus question, après des années de débat stérile au sein de la Finim, de recommencer ce cirque. Notre rapport était bien avancé et nous allons d'ailleurs le rendre public à la fin août avec toute une série de mesures concrètes et précises et le soumettre aux autorités genevoises. Nous aurons fait notre travail.»

Leur démarche est suivie avec intérêt par les partis de l'Alternative qui ont estimé inutile de s'impliquer dans une commission estivale aux allures de fantoche, alors que les véritables experts avaient déjà fait une grande partie du travail de base. D'autant plus que la gauche a déjà annoncé son intention de déposer un projet de loi sur l'intégration avant la fin de l'année. «C'est un dossier qui est mal traité sur le plan politique depuis des années, explique Christian Brunier, député socialiste. Il est épineux, surtout en période électorale, et les partis ont toujours peur de se profiler sur ces thématiques. Le Conseil d'Etat a tenu de beaux discours mais dans les actes, il n'a jamais agi et sa Finim est un fiasco. Nous avons choisi un chemin plus efficace.»

De la méfiance

Bref, la méfiance règne à l'égard du Conseil d'Etat et de ses démarches en matière d'intégration. Il est vrai que depuis plus de dix ans, les choses n'avancent guère. Le naufrage de la Finim semble encore le confirmer. Quant au Département de justice et police, responsable du dossier, personne ne sait vraiment ce qu'il fait. Beaucoup de parlementaires estiment que Gérard Ramseyer n'a pas les compétences nécessaires pour gérer de tels enjeux.

Malgré le fait que Robert Cramer, président du Département de l'intérieur, se soit fermement engagé dans la nouvelle commission extraparlementaire, le Conseil d'Etat ne semble pas avoir réussi à convaincre de sa bonne volonté. «Cette commission créée à la hâte à la veille des vacances n'est pas une réponse à la mesure de l'enjeu» regrette Sandrine Salerno. Selon Christian Brunier, «c'est avant tout une manière de sauver la face devant l'échec de la Finim et la détermination de certaines associations, un alibi qui ne trompe personne.»

Pas dupe, Dominique Föllmi espère que ces divergences s'effaceront dans les mois qui viennent. Il l'a d'ores et déjà annoncé: si les propositions de Mondial Contact et du CCSI sont bonnes, la commission n'aura plus de raison d'exister. «L'essentiel est d'avoir une bonne base d'appui pour avancer. L'intégration ne devrait pas être un combat politique, mais un combat tout court.»