Radicalisation

L’interdiction de distribution de corans divise la Ville et le canton de Zurich

Contre l’avis du canton, la Ville de Zurich autorise la distribution de corans du groupe «Lies!», soupçonné de recruter des djihadistes. Selon le service du renseignement, ce type d’action sert de plateforme à des individus radicalisés

Zurich n’empêchera pas l’action «Lis!» («Lies!» en allemand) de distribuer des corans ce samedi. Malgré les soupçons qui pèsent sur ce groupe, les bases légales ne permettent pas d’interdire ses activités, estime le Municipal responsable de la sécurité issu de la gauche radicale Richard Wolff, contre l’avis de son homologue au niveau cantonal, le conseiller d’Etat Mario Fehr. Le ministre socialiste recommandait en mai dernier aux communes de refuser de délivrer des autorisations à «Lis!». Sa réplique n’a pas tardé: «Richard Wolff porte l’entière responsabilité des conséquences de sa décision», déclare Mario Fehr dans la NZZ, déplorant le «mauvais signal» donné par Zurich.

Car, selon le chef du département de la sécurité du canton, il n’y a aucun doute: la distribution de coran sert de «prétexte», sous couvert de liberté religieuse, pour endoctriner des individus et les inciter à rejoindre les rangs des djihadistes. Se basant sur une expertise juridique, l’exécutif zurichois a réclamé en mai dernier une interdiction de cette organisation, de la part de la Confédération.

Bases légales «inexistantes»

Le groupe salafiste «Die wahre Religion» derrière les actions de distribution de corans «Lis!», est interdit en Allemagne depuis fin 2016. Ses militants «approuvent et glorifient la lutte armée et les attentats terroristes» estiment les autorités outre-Rhin. En Suisse, plusieurs membres de «Lis!» figurent parmi les 60 individus visés par des procédures du Ministère public de la confédération (MPC) pour infraction à la loi interdisant al Qaïda et l’Etat islamique.

Mais «les autorités de poursuite de la Confédération ne possèdent pas les bases légales nécessaires pour interdire une association ou une organisation», indique le MPC. Le groupe salafiste poursuit donc ses activités dans les rues les villes suisses, surtout alémaniques. Ses stands ont aussi été aperçus à Genève, Lausanne, Fribourg ou Yverdon.

Les autorités ont besoin de justifications solides pour enfreindre la liberté d’expression et de religion

«Il n’existe pas de preuve de la dangerosité de l’organisation de distribution de corans «Lies!», seulement des soupçons. Or les autorités ont besoin de justifications solides pour enfreindre la liberté d’expression et de religion», souligne de son côté Mathias Ninck au nom du département de la sécurité de la ville de Zurich. D’autres communes doutent des mesures à prendre. Interpellé par la conférence des directrices et des directeurs des finances des villes, le service des renseignements (SRC) évalue en ce moment la possibilité d’interdire «Lis!» ou des organisations similaires dans le cadre de la nouvelle loi sur le renseignement. En attendant, le SRC se range du côté de l’autorité zurichoise cantonale dont il «appuie les mesures».

Jusqu’à ce jour, les services de renseignement n’ont pas observé en Suisse «d’activités directement liées à l’extrémisme violent ou au terrorisme» en lien avec la campagne de distribution de corans. Mais «une grande partie des voyageurs suisses du djihad, supposés ou avérés, ont un lien avec «Lis!», précise le SRC.

Des stands qui faciliteraient la création de réseaux

Se sont-ils radicalisés suite à leur fréquentation de ce groupe, ou l’étaient-ils déjà avant? Les autorités ne sont pas en mesure de le dire avec certitude. Mais le SRC considère «probable» que ce type de campagne «ait fortement contribué à la radicalisation de personnes et à leur recrutement pour des voyages à motivation djihadiste et qu’elle y contribue encore de manière prononcée». Les stands «Lis!», ajoute encore le SRC, peuvent servir de «plateforme» permettant à des individus radicalisés de «se mettre en réseau».

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