Justice

L'internement à vie ne sera pas pour Fabrice A.

Le Tribunal criminel a rendu son verdict dans cette affaire très émotionnelle. Le bourreau d’Adeline est reconnu coupable d’assassinat et condamné à la perpétuité. Les experts ne l'ayant pas considéré comme irrécupérable pour toujours, c'est un internement ordinaire qui a été prononcé

Fabrice A. est condamné à la prison à vie et à une mesure d'internement simple. Le Tribunal criminel de Genève l’a reconnu coupable d’assassinat, de séquestration, de contrainte sexuelle pour un baiser imposé à sa victime, ainsi que de vol. La cour retient également que le prévenu était pleinement responsable au moment d’égorger la jeune femme qui l’aidait à progresser dans son parcours carcéral. Aux yeux des juges, Fabrice A. a bel et bien prémédité son crime, il a avancé ses pions pour exécuter son fantasme de toute-puissance et il a agi de «façon monstrueuse».

Le verdict a été rendu cet après-midi devant une salle comble. Le président Fabrice Roch a résumé les considérants de la décision. Celle-ci relève que Fabrice A. a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de sa victime. «Il a agi avec machiavélisme et s’en est pris à une jeune mère qu’il qualifiait lui-même d’adorable.»

Absolue lâcheté

Pour retenir l’assassinat, le tribunal souligne que Fabrice A. a opéré avec une grande froideur et une absolue lâcheté. Il a tranché la gorge et sectionné la carotide de sa victime d’une main sûre et «avec une précision chirurgicale». Pour ce faire, il a utilisé un couteau de chasse. Adeline était alors attachée à un arbre et assise. Son décès a été lent et particulièrement stressant. De plus, le prévenu a fait preuve de perfidie en lui faisant croire qu’elle serait libérée.

Le mobile est qualifié de «particulièrement odieux» puisqu’il s’agissait de satisfaire un fantasme d’égorgement, un besoin de domination et aussi d’expérimenter la sensation de tuer. «Ce mobile est d’autant plus abject que sa victime était la gentillesse incarnée et qu’elle lui avait tendu la main pour sa réinsertion», relève la décision.

Aux yeux des juges, la préméditation ne fait aucun doute. «Il avait prévu de s’échapper et de tuer. Tout son esprit était tourné vers cela.» Dans sa cellule, il a visionné en boucle la séquence d’égorgement du film Braveheart et s’est imaginé dans ce rôle. Dans son fantasme, c’est bien Adeline qui devait être la victime. Les experts français ont souligné certaines exagérations dans son récit sans toutefois exclure la planification, ajoute le tribunal. «Ils la tempèrent.»

Machiavélisme

Pour fixer la peine, la cour relève que Fabrice A. a agi avec machiavélisme et s’en est pris à une jeune mère de famille qui avait un avenir heureux devant elle. L’enfance difficile du prévenu est évoquée, tout comme son absence totale d’empathie et de remords. Ses antécédents, qualifiés «d’extraordinaires», n’ont pas suffi à le détourner de commettre un crime encore plus grave. «La faute est trop lourde pour qu’une peine privative de liberté limitée dans le temps soit prononcée.» Le tribunal inflige donc la perpétuité au prévenu.

Le risque de récidive ayant été qualifié de très important, une mesure d’internement doit également être prononcée. La décision rappelle que les experts psychiatres se sont refusés à faire un pronostic à vie ou à exclure toute possibilité d’évolution. «Aucun collège d’experts ne dit que le prévenu serait véritablement inaccessible sa vie durant à un traitement», précise le tribunal en écartement dès lors la mesure extrême de l’internement à vie.

Parquet satisfait

La salle est restée calme à l’issue du verdict. Le procureur général Olivier Jornot s’est dit satisfait d’une décision qui prend la mesure du caractère exceptionnel de ce crime et du danger que représente Fabrice A. pour la société. Bien qu’ayant requis un internement à vie, certes sans grande conviction, et qu’il se réserve encore le temps de la réflexion, le parquet ne fera sans doute pas appel de ce jugement. Olivier Jornot avait d’ailleurs précisé en cours de réquisitoire qu’il n’irait pas «tomber au champ d’honneur pour cette disposition».

A la sortie du tribunal, les parents d’Adeline ont évoqué une certaine déception de voir l’internement à vie écarté tout en soulignant que le caractère abject de l’assassin avait bien été mis en évidence et «qu’il était certain que cet homme ne sortirait jamais de prison». La défense, comme à son habitude, n'a fait aucune déclaration.

Rappel du procès

Le nouveau procès de Fabrice A., un binational franco-suisse âgé de 42 ans, déjà condamné à un total cumulé de vingt ans de prison pour deux viols, s’était ouvert le 15 mai devant le Tribunal criminel de Genève. Durant cette audience, qui aura duré une semaine, le bourreau d’Adeline a affirmé ne pas avoir pris la décision de tuer la sociothérapeute avant de quitter la prison pour cette sortie accompagnée qui devait préparer sa future réinsertion. Il l’avait certes imaginé mais ce n’était qu’un scénario parmi d’autres. Son intention principale était de prendre la fuite pour la Pologne. Il a expliqué avoir été submergé par ses pulsions au moment d’égorger sa victime dans une sorte de geste mécanique.

Les deux collèges d’experts psychiatres ont également été entendus durant le procès. Tous ont dépeint un prévenu atteint de graves troubles de la personnalité, habité par des fantasmes sanglants et envahi par la jouissance d’éprouver sa toute-puissance au moment du crime. Le risque de récidive a été qualifié de très important mais sa personnalité pas totalement imperméable au changement. Les spécialistes se sont tous refusés à faire un sombre pronostic sur le très long terme.

Internement à vie requis

Malgré ces réserves, le procureur général Olivier Jornot a requis la prison à vie ainsi que l’internement à vie de Fabrice A., pour mettre la société définitivement à l’abri de ce récidiviste endurci dont rien ne laisse présager une évolution favorable. L’avocat du prévenu, Me Yann Arnold, s’est opposé à la peine maximale et aussi à la mesure de sûreté extrême en appelant les juges à suivre les conclusions des experts, à ne pas éteindre tout espoir et à faire preuve de courage face à la pression de l’opinion publique. Ils auront été tous deux à moitié suivi.


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