Décidément, rien ne peut ébranler Urs von Däniken. Ces derniers jours, le Service d'analyse et de prévention (SAP), qu'il dirige, a été accusé d'avoir informé tardivement les autorités judiciaires fédérales de la présence sur sol suisse du terroriste présumé Mohamed Achraf. Urs von Däniken, lui, est en vacances à l'étranger, et ce jusqu'au 10 novembre. Il n'aura pas besoin d'écourter son congé: mercredi, Christoph Blocher a félicité les «organes de sécurité suisses» de leur «professionnalisme», balayant ainsi les reproches adressés au SAP et à son chef.

Celui-ci, un juriste soleurois de 53 ans, dirige la Police fédérale (devenue le SAP) depuis 1990. Aucun dirigeant d'un service de sécurité intérieure européen n'affiche une telle longévité. Elle lui vaut d'être parfois comparé à J. Edgar Hoover, le chef du FBI américain qui tenait des dossiers compromettants sur les hommes politiques. Une personne qui travaille fréquemment avec lui trouve le rapprochement déplacé: «Il est totalement honnête. Les dossiers, c'est une légende. Son secret, c'est de savoir parfaitement vendre ses compétences, de donner aux politiques l'impression qu'il a la situation en main.»

Obsédé par l'extrême gauche

Au sein d'autres services – Renseignements stratégiques, Ministère public, Police judiciaire – certains fonctionnaires sont moins convaincus. Ils notent qu'Urs von Däniken et ses hommes détestent partager leurs informations: le SAP serait devenu un «trou noir» d'où les renseignements ne sortent jamais. Obsédé par l'extrême gauche et les skinheads, le chef du SAP aurait en outre largement négligé la possibilité que les islamistes radicaux utilisent la Suisse comme base d'opérations. Pour lui, les musulmans sont d'abord une communauté qu'il faut intégrer et ne pas offenser. Lorsque la police judiciaire fédérale (PJF) a perquisitionné une mosquée de Bienne avec des chiens, en mars 2003, les hommes du SAP ont relayé les critiques de la Ligue des musulmans de Suisse contre les «shérifs» de la PJF. Encore un épisode d'une «guerre des polices» qui, officiellement, n'existe pas…