«Marg bar Khamenei». Sur la place des Nations, un groupe d’Iraniens, principalement des moudjahidin du peuple, cite nommément celui dont il souhaite la mort: le guide suprême de la Révolution islamique. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies, des orateurs, dénoncent, sur une estrade, le pouvoir iranien. La couleur verte de l’opposition iranienne apparaît ci et là, sous forme d’écharpes, de ballons de baudruche ou de banderoles. Devant une énorme tente, un homme d’un certain âge brandit deux photos, une d’Hitler et une autre d’Ali Khamenei. On pouvait le deviner: l’Iran, accusé de réprimer fortement l’opposition et d’exécuter sommairement des citoyens, était lundi au cœur des débats au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à deux pas de la place des Nations. Passant au crible de l’examen périodique universel, une évaluation effectuée par d’autres Etats de son bilan en matière de droits de l’homme, la République islamique s’est trouvée au cœur du clivage traditionnel qui divise l’organe onusien.

Premiers intervenants, les Etats-Unis, qui ont jusqu’ici été plutôt en retrait par rapport aux événements d’Iran en raison de la politique de la main tendue menée par leur président Barack Obama, ont donné le ton: «Nous condamnons fortement les exécutions violentes de citoyens iraniens innocents. […] Nous condamnons aussi fermement les restrictions croissantes de la liberté d’expression», a déclaré le secrétaire d’Etat adjoint pour la démocratie, les droits de l’homme et le travail, Michael Posner.

La France, qui a adopté depuis plusieurs mois, une position beaucoup plus dure que par le passé envers Téhéran, en particulier dans le domaine nucléaire, s’est elle aussi dite «profondément inquiète de la situation des droits de l’homme en Iran. Cette situation s’est gravement détériorée durant les huit derniers mois.» Ayant une ressortissante toujours en résidence surveillée à l’ambassade de France à Téhéran, Clotilde Reiss, l’ambassadeur Jean-Baptiste Mattei a déploré les «graves dysfonctionnements du système judiciaire». La Suisse, qui n’a pu s’exprimer devant le Conseil en raison d’une liste pléthorique d’intervenants, a pour sa part remis un texte à la délégation iranienne saluant les efforts accomplis en matière d’accès à la santé et à l’éducation. La Confédération demande toutefois à Téhéran d’abolir toutes les lois discriminatoires à l’égard des minorités ethniques et religieuses, mais aussi les pratiques de sévices corporels. Berne a aussi dénoncé les exécutions et appelé à limiter au maximum la pratique de la peine capitale.

Reporters sans frontières estime qu’il est temps de mettre fin à l’impunité dont a bénéficié l’Iran au Conseil des droits de l’homme jusqu’ici. Aujourd’hui, l’organisation relève que depuis la réélection du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin 2009, 29 journaux ont été suspendus, plus de 130 professionnels des médias ont été arrêtés et plus de 60 d’entre eux ont dû quitter le pays, «un fait sans précédent depuis la création de la République islamique».

La délégation iranienne s’est défendue de toutes violations massives des droits de l’homme: «Nous n’avons exécuté aucun bahaï (ndlr: minorité religieuse non reconnue en Iran) parce qu’il est bahaï. Je rappelle que plusieurs bahaïs possèdent de grandes entreprises en Iran», a précisé le chef de la délégation, Mohammad Javad Larijani. Quant au directeur des Affaires politiques au ministère de l’Intérieur, Mahmoud Abbaszadeh Meshkiri, il a vanté les mérites démocratiques de l’Iran. «Plus de 40 millions de personnes ont voté le 12 juin 2009. Ce fut un exemple de démocratie et de liberté. 650’000 observateurs ont surveillé près de 45’000 bureaux de vote. […] Par ailleurs, plus de 5000 manifestations ont pu être organisées en Iran l’an dernier, 250 partis politiques sont enregistrés et sont actifs.»

Téhéran, qui souhaite présenter sa candidature au Conseil des droits de l’homme en juin prochain, une perspective que l’Italie et le Luxembourg dénoncent, a pu compter sur plusieurs «alliés» au sein de l’organisme onusien. Cuba a rappelé l’histoire: la Révolution islamique a mis «fin à une dictature sanglante et permis l’autodétermination des Iraniens». Les représentants du Pakistan, d’Algérie ou encore du Vénézuela ont souligné les efforts de Téhéran pour développer les droits économiques et sociaux. A cet égard, Mahbouheh Mobasheri, rectrice de l’Université Al-Zahra s’est félicitée du taux d’alphabétisation des femmes iraniennes (80%) et du fait que celles-ci occupent un nombre croissant de postes à responsabilité.