L’ambassadeur de Suisse à Téhéran, Livia Leu Agosti, a été convoqué mardi au Ministère iranien des affaires étrangères pour se voir remettre des documents prouvant, selon l’Iran, l’enlèvement d’un de ses physiciens nucléaires par les Etats-Unis. Berne représente les intérêts américains à Téhéran depuis 1979.

Le physicien Shahram Amiri a disparu il y a un an lors d’un pèlerinage en Arabie saoudite, et l’Iran a accusé Riyad de l’avoir livré aux Etats-Unis. Officiellement chercheur dans une université de Téhéran, l’homme disposerait en fait d’informations secrètes sur une usine d’enrichissement d’uranium découverte l’an dernier près de Qom. Les Etats-Unis ont démenti hier avoir kidnappé le savant, qui aurait fait défection volontairement.

Guerre des images

Lors de l’entretien avec l’ambassadeur de Suisse à Téhéran, «l’Iran a souligné que l’Amérique est responsable pour la vie et la santé de M. Amiri et affirmé que son enlèvement est contraire à toutes les lois internationales et aux droits de l’homme», a rapporté l’agence officielle IRNA.

«Des documents concernant l’enlèvement de M. Amiri ont également été remis à l’ambassadeur de Suisse», ajoute l’agence. Le Ministère iranien des affaires étrangères a appelé à la libération immédiate du chercheur.

Depuis quelques semaines, les Etats-Unis et l’Iran se livrent une étrange guerre des images au sujet du physicien. La télévision publique iranienne a diffusé lundi une vidéo de médiocre qualité: le savant dit avoir été enlevé, transféré aux Etats-Unis et «torturé». «J’ai été enlevé à Médine dans le cadre d’une opération conjointe des services de renseignement américains et de l’Arabie saoudite», y affirme un homme ressemblant à Shahram Amiri.

Mais très vite, un autre Shahram Amiri, tout aussi ressemblant, est apparu sur YouTube pour affirmer qu’il vit libre à Tucson, en Arizona, où il poursuivrait ses recherches. La BBC note que l’homme semble lire, assez laborieusement, un texte préparé devant lui.

En mars, la chaîne américaine ABC avait rapporté que le chercheur avait fait défection aux Etats-Unis et qu’il collaborait avec la CIA. Celle-ci s’était refusée à tout commentaire.

Agé de 32 ans, le physicien est l’une des sources citées par les Américains pour justifier un quatrième train de sanctions contre l’Iran, qui sera présenté dans les jours prochains au Conseil de sécurité des Nations unies.

Selon un membre des services secrets français cité par le Telegraph de Londres en décembre 2009, Shahram Amiri aurait notamment participé à une réunion secrète, à l’aéroport de Francfort, pour briefer des inspecteurs de l’AIEA en partance pour l’Iran, où ils allaient inspecter le site d’enrichissement d’uranium de Qom.

Etudiants arrêtés

Shahram Amiri, physicien et chercheur rattaché à l’Université de Téhéran, aurait justement travaillé à l’élaboration du site de Qom, dont l’existence a été cachée par la République islamique jusqu’à ce que les Etats-Unis et la France annoncent qu’ils en avaient connaissance, en septembre 2009. L’Iran a ensuite été obligé d’ouvrir le site aux inspecteurs de l’AIEA.

Depuis, la République islamique a lié le sort du physicien à celui de trois étudiants américains actuellement détenus à Téhéran. Ils ont reçu plusieurs visites en prison de l’ambassadeur de Suisse à Téhéran, Livia Leu Agosti. Ces trois jeunes gens, dont une femme, faisaient du trekking au Kurdistan irakien en juillet 2009 et auraient franchi par inadvertance la frontière, avant d’être arrêtés par les forces de l’ordre iraniennes.

Les mères de ces trois étudiants ont été autorisées à leur rendre visite le 19 mai 2010. Elles ont été accueillies à l’aéroport de Téhéran par Livia Leu Agosti, qui leur a tendu un bouquet de roses et ont pu s’entretenir à plusieurs reprises avec leurs enfants. Mais elles n’ont pas obtenu leur libération et sont rentrées seules aux Etats-Unis, le 22 mai.