Politique fédérale

L'irrésistible ascension politique d'Ignazio Cassis

Le nouveau chef du groupe parlementaire libéral-radical impressionne par sa fermeté. Certains le voient un jour au Conseil fédéral. Mais il y a déjà trois Romands

Le 9 décembre, l'UDC a obtenu le second siège gouvernemental après lequel elle courait depuis huit ans. Guy Parmelin l'occupera. Ce jour-là, le discours d'un homme a frappé par sa fermeté. Celui du nouveau chef du groupe parlementaire libéral-radical, le Tessinois Ignazio Cassis. Il a souligné que le PLR reconnaissait la légitimité de l'UDC d'obtenir ce deuxième mandat gouvernemental. Mais il a aussi adressé un avertissement clair à ce parti : «Nous attendons de l'UDC davantage que des promesses, aussi des actes : concordance, responsabilité, résolution commune des problèmes plutôt que leur exploitation à l'avantage exclusif du parti.»

Parfaitement trilingue, Ignazio Cassis s'est à cette occasion exclusivement exprimé en allemand. Pour bien faire comprendre que son message était destiné à l'UDC, où l'allemand reste l'idiome vernaculaire.

«C'est vrai que je m'adressais à l'UDC. J'étais tellement concentré sur le contenu du message que je voulais délivrer que cela m'a fait oublier les autres langues. Je le regrette, car je suis très sensible à la question des langues», confie-t-il au Temps au terme de la première session parlementaire de la cinquantième législature.

Un résultat surprise

Au sein de l'hémicycle fédéral, les avis sont quasiment unanimes : Ignazio Cassis est un homme à suivre. Il a été élu le 21 novembre pour succéder à l'Uranaise Gabi Huber à la tête du groupe PLR. Il a créé la surprise, car il a nettement devancé son rival, Christian Wasserfallen, pourtant donné favori, à raison de 38 voix contre 16. Ce même Christian Wasserfallen, aujourd'hui pressenti pour succéder à Philipp Müller à la présidence du parti suisse.

Ignazio Cassis a confirmé sa détermination à tenir ses troupes la semaine dernière, lorsqu'il a rappelé Hans-Ulrich Bigler à l'ordre. Le conseiller national zurichois, qui est aussi directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), avait pris position en faveur de l'initiative de l'UDC sur l'expulsion des criminels étrangers. Ignazio Cassis lui a fermement rappelé que le groupe PLR était opposé à cette initiative. Hans-Ulrich Bigler a fait part de ses regrets.

Dans l'ombre de Fulvio Pelli

Arrivé en juin 2007 au Conseil national, Ignazio Cassis a longtemps été dans l'ombre de Fulvio Pelli, à qui il ne ressemble pourtant pas. Médecin de formation, Ignazio Cassis concentre ses activités extra-parlementaires sur le domaine de la santé et non sur la finance. Il enseigne une semaine par an aux universités de Lausanne, Berne et Zurich.

Il préside les associations Curaviva, faîtière d'établissements médico-sociaux et d'institutions pour personnes dépendantes, et Curafutura, dissidence de Santésuisse créée par les caisses maladie CSS, Helsana, CPT et Sanitas. «Cela me permet de garder le contact avec le terrain de la santé», explique celui qui, en plus du groupe libéral-radical, préside pour deux ans la Commission de sécurité sociale et de santé publique (CSSS) du Conseil national.

Le dossier difficile des retraites

A ce titre, il aura un lourd dossier à gérer en 2016 : la réforme de la prévoyance vieillesse. Le modèle transmis par le Conseil des Etats se heurte à une vive opposition des milieux patronaux. Il prévoit de compenser la baisse des rentes du deuxième pilier par un relèvement des rentes AVS financé par une hausse des cotisations sociales.

Pour se concentrer sur ces deux activités chronophages, Ignazio Cassis a dû faire des sacrifices. «J'ai renoncé à la Délégation parlementaire pour l'UE et l'AELE dont j'étais membre. J'ai aussi toiletté mes activités professionnelles et renoncé à des tâches que je juge secondaires, comme la vice-présidence d'Helvetia Latina ou des forums dans le domaine de la santé», explique-t-il.

Il dirige un groupe PLR qui s'est renforcé aux élections, mais dont les partis du centre et de la gauche craignent qu'il se rapproche trop de l'UDC. «Je défendrai une ligne politique conforme à nos valeurs. Elle peut s'ouvrir vers la gauche ou vers la droite selon les thèmes. Mais je suis attaché au principe de la subsidiarité de l’État par rapport à la responsabilité individuelle et la société civile», souligne-t-il.

Au départ de Didier Burkhalter ?

Ignazio Cassis, l'homme qui monte à Berne. Nombreux sont ceux qui le disent. Jusqu'où cela l'amènera-t-il ? La présence de trois Latins au Conseil fédéral lui interdit d'envisager cette charge pour le moment. Il n'entrera pas en ligne de compte lorsque Johann Schneider-Ammann quittera le gouvernement.

En revanche, selon le moment où il se produira, le départ de Didier Burkhalter pourrait être favorable à un radical tessinois puisqu'il y a déjà deux autres Romands. Mais la fenêtre est étroite. Ignazio Cassis n'a qu'un an de moins que le Neuchâtelois. Pour lui, cette fenêtre se limite ainsi à la prochaine réélection du Conseil fédéral en 2019. A cette date, Didier Burkhalter aura passé dix ans au gouvernement. Il aura 59 ans et Ignazio Cassis 58.

Ce serait la dernière occasion pour ce passionné de musique, qui s'est aménagé un studio musical chez lui et a longtemps joué de la trompette dans une bande tessinoise et une fanfare militaire. Il joue également de la guitare folk et apprécie le jazz. C'est dire s'il connaît la musique.

Publicité