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Lisa Mazzone, l’effrontée du parlement genevois

A 26 ans, la nouvelle présidente des Verts doit gérer une formation exsangue. «Plus à gauche et plus écolo», Lisa Mazzone essuie les critiques acerbes de la droite

L’effrontée du parlement genevois

Portrait A 26 ans, la nouvelle présidente des Verts doit gérer une formation exsangue

«Plus à gauche et plus écolo», Lisa Mazzone essuie les critiques acerbes de la droite

Il faut avoir le goût de l’aventure pour reprendre les rênes d’un parti qui a perdu, en l’espace d’une seule législature, l’un de ses deux sièges au Conseil d’Etat genevois, dont un précieux fauteuil des Finances occupé, de surcroît, par un pilier de l’exécutif, l’écologiste David Hiler. Il faut encore plus de témérité – d’autres diront une certaine affection pour la folie – pour prendre la présidence d’une formation qui a vu passer sa députation au Grand Conseil de 17 à 10 sièges. C’est pourtant la charge, à l’allure sacerdotale, qu’a choisi d’assumer Lisa Mazzone un 22 mars 2014 lorsqu’elle est élue présidente des Verts. «A l’unanimité», aime rappeler la jeune femme. Presque. Seuls 120 des 121 délégués présents ce samedi avaient validé l’unique candidature. La sienne. Comme pour rappeler que l’on ne se précipite pas sur le champ de ruines après l’hécatombe.

A 26 ans seulement, la députée italo-suisse s’illustre dans les débats parlementaires par son opiniâtreté, ce que les rangs de droite n’hésitent pas à qualifier de dogmatisme. Un «ayatollah vert, génétiquement doctrinaire», renchérit même le député Eric Stauffer, qui, sans aucune sorte de pudeur, n’hésite pas à déverser toute l’aversion qu’il ressent à l’encontre de la cheffe de file des écologistes. Aux yeux du président d’honneur du Mouvement Citoyens genevois (MCG), il est impossible pour son parti de travailler avec l’intéressée. «Sa seule vision politique se résume à supprimer tout ce qui a quatre roues et un moteur», persifle Eric Stauffer. Plus tempérée, mais tout aussi incisive, la libérale-radicale Nathalie Fontanet déplore chez la jeune présidente des «positions tranchées» et un «esprit obtus qui l’empêchent d’obtenir des consensus». «Je ne vois aucune forme de négociation dans son discours, déplore la députée. C’est, je crois, l’une des raisons pour lesquelles elle suscite de l’animosité en plénière.»

Cette animosité, Lisa Mazzone en a fait les frais, pas plus tard que lors de la dernière session du Grand Conseil, jeudi. Le projet de loi constitutionnelle porté par les Verts visant à accorder la priorité aux transports publics en zone urbaine a été giflé par la droite, certes majoritaire au parlement, par 62 voix contre 29. Alors même que le député libéral-radical Ivan Slatkine déclarait pouvoir soutenir ce projet en échange d’un appui à la traversée autoroutière du lac que promeut son parti. La présidente des Verts n’en a jamais voulu.

Ces reproches de la droite ne laissent pas Lisa Mazzone indifférente, qui, piquée au vif, rétorque que «négocier, ce n’est pas se faire berner». «Je ne vois pas comment je pourrais soutenir la construction d’un ouvrage à plusieurs milliards de francs, dont l’utilité est plus que discutable, contre un soutien à notre projet qui ne se chiffre qu’en une poignée de millions.» Quant aux critiques sur son incapacité à négocier, la présidente réplique qu’«il n’y a que très peu de place pour la discussion» lorsque son parti, et la gauche plus généralement, sont «ultra-minoritaires» au parlement. Sur les cent sièges que dénombre le législatif genevois, l’Alternative (PS, Verts, Ensemble à gauche) ne compte que 34 députés.

Derrière l’assurance avec laquelle Lisa Mazzone répond à ses détracteurs se dessine une certaine susceptibilité. D’ailleurs, l’élue ne s’en cache pas. Il faut moins y voir de l’amour-propre meurtri que la sensibilité d’une militante qui croit en ce qu’elle dit. Tempérament épidermique, sincérité déconcertante, féminité assumée – «Je suis une féministe militante» –, autant d’ingrédients qui font d’elle une cible privilégiée au sein du parlement. «Etre présidente de parti, c’est faire office de paratonnerre», avance la députée écologiste Emilie Flamand-Lew, qui l’a précédée à la tête des Verts. «Une femme courageuse, qui connaît ses dossiers, ajoute la cheffe de groupe Christina Meissner. Mais qui fait partie de ceux qui défendent leur pré carré», s’empresse de nuancer l’élue UDC.

Figure de proue de l’association Pro Velo, membre d’une coopérative d’habitation dont elle occupe un appartement «non chauffé» dans le quartier des Pâquis et membre du comité de l’association F-Information, qui défend l’égalité hommes-femmes, Lisa Mazzone se démarque au Grand Conseil par son envie d’en découdre avec ses adversaires politiques. «Je suis une femme de convictions qui n’est pas dénuée d’un certain goût du défi, dit-elle. Comme ma grand-mère [ex-chercheuse au CERN], j’ai toujours voulu avoir mon mot à dire.»

Ses mots, la présidente souhaite les porter à Berne, étant elle-même l’une des deux têtes de liste des Verts genevois au Conseil national. De quoi susciter quelques jalousies de la part de certains membres de sa formation, qui l’accusent d’arrogance et de prétention. «Malgré sa jeunesse, son expérience politique est importante», vante le conseiller aux Etats Robert Cramer, rappelant que son père fut conseiller municipal à Versoix, où elle a fondé le parlement des jeunes. Le sénateur voit d’un bon œil la politique menée par sa nouvelle présidente. «Ce dont ont besoin les Verts aujourd’hui, c’est de mener une politique d’opposition et d’être lisibles.»

«Sa seule vision politique se résume à supprimer tout ce qui a quatre roues et un moteur»

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