Certes, tout est allé un peu trop vite à son goût. Mais alors que l'on avance son nom de plus en plus fréquemment pour un siège radical au Conseil d'Etat en mars 2009, Lise Delaloye sait que l'histoire ne repasse pas les plats. En nous recevant dans son bureau de l'administration communale d'Ardon - en training et tennis, avant une sortie du consortage des eaux -, la jeune présidente se montre telle qu'elle est: du genre «fraîcheur menthol» sur la forme, plutôt «pendules à l'heure» sur le fond. «Attention, n'allez pas écrire que je pousse Claude Roch vers la sortie. J'ai toujours dit que j'étais intéressée au poste, mais que je me prononcerai une fois que la place sera libre...»

Celle qui renversa le PDC

Or, elle ne l'est pas officiellement. Le représentant radical au gouvernement valaisan depuis 2001 n'a toujours pas pris de décision quant à son avenir politique. Livraison prévue le 30 août, informe-t-on au sein du parti où, en coulisses, on raconte aussi que Claude Roch, indécis, a plusieurs fois repoussé la date du verdict.

En attendant, tous les regards se tournent vers elle. Lise Delaloye est l'espoir du Parti libéral-radical valaisan au féminin. Tout a commencé il y a quatre ans, lorsque la jeune politicienne, de père PDC et de mère radicale, conseillère communale à Ardon depuis tout juste une période, s'est mis en tête de briguer la présidence. Alors que son parti perd un siège à l'exécutif au premier tour des élections, elle remporte le fauteuil au deuxième tour, renversant une «citadelle» PDC centenaire.

Aujourd'hui, on se souvient de ce week-end électoral comme d'un «événement hors norme». La principale interprète reconnaît elle-même l'incongruité de l'épisode: «J'ai été l'auteur de quelque chose qui ne devait pas arriver, qui n'était en soi pas possible...» L'improbable sera le détonateur de son succès.

Conseillère d'Etat: histoire d'un vieux fantasme valaisan

En Valais, la politique fait parfois crier l'histoire comme un vieux disque rayé. A peine une femme sort-elle du lot qu'on spécule aussitôt sur son sort à la plus haute fonction gouvernementale. Dans un canton qui n'a encore jamais vu une femme siéger à l'exécutif cantonal, ce fantasme des genres facilite l'émergence de Lise Delaloye, qui a au moins deux autres atouts. Elle séduit par sa retenue, une sorte de modestie qui dissimule à peine un caractère trempé. «Elle est une bourgeoise modérée qui rallie sur son nom des sympathies qui vont de la gauche à la droite», atteste Léonard Bender, président du Parti libéral-radical. Qui ne veut toutefois pas tirer de plan sur la comète.

Deuxième atout: elle est compétente. Son parcours professionnel est atypique mais la rend apte à gagner la confiance d'un électorat très dispersé. Après des études de lettres, elle devient cheffe de vente chez Coca-Cola Beverages avant de reprendre la direction de l'entreprise familiale agricole. Elle est, depuis ce lundi, la directrice d'une fondation pour la réinsertion professionnelle Intégration pour tous (IPT).

Bref, la magie semble opérer, sans même que Lise Delaloye ait encore démontré vraiment ce qu'elle a dans le ventre, politiquement. En cours de route, l'engouement est tel qu'une candidature au Conseil national n'est pas criarde. En octobre 2007, elle surprend donc son petit monde une seconde fois en terminant deuxième, avant le député René Constantin et le président de Martigny, fief radical, Olivier Dumas.

L'arithmétique fédérale conforte sa position d'étoile montante. S'ajoute au cocktail le rôle incontestable de la presse. Un zeste de «politique people» dont elle s'accommode volontiers. L'Hebdo la consacre bientôt parmi ses «100 personnalités qui font la Suisse romande». Puis c'est au tour du mensuel économique Bilan de la faire figurer dans son hit-parade des «femmes de caractère qui aiment le pouvoir» et qui l'assument.

Le succès fulgurant qui divise

Lise Delaloye rassemble. En termes d'électorat, elle l'a plusieurs fois démontré. Or, aujourd'hui, elle divise forcément dans son propre parti autour d'une question existentielle: à 36 ans, huit ans d'exécutif à son actif, sans mandat de député, mérite-t-elle (déjà) tous les espoirs que l'on fait reposer sur elle? Elle-même s'insurge doucement des critiques sur son jeunisme: «Christophe Darbellay a bien 37 ans, non?!» Alors que ses partisans rappellent en chœur que les deux derniers conseillers d'Etat radicaux n'ont jamais siégé au législatif cantonal.

Mais au sein du parti, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. René Constantin, qui attend son tour dans les rangs de la députation, désormais comme chef de groupe, se garde bien de toute spéculation. «Attention à ne pas en faire une icône trop tôt. On peut se demander si Lise Delaloye est active en politique depuis assez longtemps pour revendiquer une telle fonction. Le poste de conseiller d'Etat nécessite des épaules solides... Et puis, laissons d'abord Claude Roch se prononcer.»

Le soutien de Chantal Balet

Le contexte politique plaide pourtant bel et bien en faveur de la candidature de Lise Delaloye. Le congrès PDC du Valais romand, le 6juin dernier à Conthey, a fait des déçus parmi les partisans d'une candidature femme. En ce sens, Lise Delaloye est un outil marketing qui tombe à point nommé pour le parti. Des femmes qui comptent en Valais se sont aussi ralliées derrière elle. C'est le cas de la libérale Chantal Balet Emery, ancienne responsable d'economiesuisse - qui avait été candidate au Conseil d'Etat pour la succession de Peter Bodenmann en 1999 -, laquelle milite volontiers pour la jeune politicienne qu'elle juge «compétente, convaincante et déterminée».

Claude Roch, pour sa part, se trouve face à un choix manichéen. Sur un plan personnel, il vient d'entamer ses grandes réformes (loi sur le cycle d'orientation, statut de l'enseignant, HarmoS...). A l'échelle du parti, il ne peut toutefois nier que l'opportunité d'une cure de jouvence à l'exécutif est plus que jamais d'actualité. Commentaire de la papable, avant de s'en aller sur l'alpe pour honorer son rang au consortage des eaux: «C'est très difficile d'être dans l'incertitude. Je n'attends pas que Claude Roch parte. J'attends qu'il se prononce. Ensuite, seulement, j'envisagerai cette opportunité...»