«L’Italie peut faire mieux, mais l’Europe s’aveugle»

Questions à

La journée annuelle de la Commission fédérale pour les questions de migration (CFM) a ausculté hier la crise de l’asile. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a plaidé pour un «plan d’action européen» qui «renforce» l’Accord Dublin, «nécessaire» mais «imparfait». L’Italie, touchée par des vagues de migrants, focalise l’attention. Entretien avec le président du Conseil italien de l’asile, Christopher Hein, invité de la CFM.

Le Temps: La Cour européenne vient d’épingler l’Italie pour ses standards d’accueil insuffisants. Justifié?

Christopher Hein: Les réserves de la CEDH ont deux ans de retard. L’Italie a fait de gros efforts ces 18 derniers mois. Elle a augmenté les places d’hébergement dans de petits centres d’accueil décentralisés. On est passé de 3000 à 20 000 places. Sept fois plus, c’est positif. A sa décharge, l’Italie, avec plus de 150 000 migrants arrivés sur son sol les dix premiers mois de 2014, vit une situation d’urgence. Même si 60% de ces migrants se rendent ensuite ailleurs, la pression est extrême.

– Que changera le verdict de la cour en Italie?

– J’ai l’espoir que cela donnera une impulsion pour améliorer les conditions d’accueil dans les régions en retard. Ça prendra du temps.

Ce verdict affaiblit-il l’Accord Dublin?

– Non, il n’y aura pas de conséquence majeure. Sauf que les personnes sujettes à un refoulement vers le premier pays d’enregistrement seront plus longtemps dans l’incertitude sur leur sort. Les procédures s’allongeront.

– L’Italie met un terme à Mare Nostrum, qui a prévenu nombre de tragédies en mer sur les bateaux de fortune convoyant des migrants. Triton, la nouvelle réplique européenne, veut verrouiller la forteresse Europe. L’Italie va souffler?

– Ce changement, critiqué en Italie, n’est pas une décision libre de mon pays. Les pressions européennes étaient massives. On doit craindre la recrudescence de tragédies en mer. Les personnes en provenance de Syrie ou d’Erythrée arrivent. Peut-être la Méditerranée sera-t-elle en partie contournée. Mais c’est une politique aveugle. Pas une réponse durable à un grave problème.

– Quelle alternative, alors?

– Permettre l’arrivée organisée et légale de ceux qui fuient les situations de violence en créant des couloirs humanitaires au niveau européen. Ceux qui viennent en Europe resteront une toute petite fraction des réfugiés des guerres et de la violence.

– Le climat politique en Europe rend un tel geste irréaliste, non?

– Je vois des signes de changement. L’Allemagne fait un gros effort en accordant l’accueil temporaire à 20 000 Syriens. Ici et là, des possibilités sont créées de donner des visas humanitaires. D’accord, cela ne remplace pas une réponse européenne qui répartit plus équitablement l’effort d’accueil, sous l’égide de l’UE avec, bien sûr, la Suisse.