Scandale. L’Italie découvre depuis quelques semaines l’histoire d’un petit garçon d’origine italienne retrouvé nu et couvert de griffures dans la neige de Veysonnaz en février 2002. Plongé dans le coma, il se réveillera aveugle et tétraparétique (déficit moteur des quatre membres). La justice valaisanne avait classé le dossier après deux ans d’instruction en déclarant que Luca avait été agressé par son chien. Aujourd’hui, c’est toute l’Italie, jusque dans ses plus hautes sphères, qui s’indigne de cette conclusion et de la manière dont l’enquête a été conduite en Valais.

C’est «par hasard», dit la famille, que les médias italiens découvrent son histoire, alors que mère et fils étaient invités sur le plateau d’une émission de grande écoute diffusée sur Rai Uno, La vita in diretta, pour parler des cellules souches, un espoir pour soigner Luca. «La présentatrice a demandé comment cela lui était arrivé», raconte Nicola Mongelli, le père de Luca. «En entendant notre récit, les gens ont demandé des copies du dossier. Le général Luciano Garofano, président de l’Académie italienne de sciences forensiques, nous a dit n’avoir jamais vu des photographies de médecine légale non millimétrées (les images des plaies de Luca, ndlr). Même dans le tiers-monde cela n’existe pas!» Et ce n’est que le premier d’un chapelet de reproches adressés aux Valaisans: enquête mal conduite dès le premier soir, témoignages mis de côté, lenteur excessive…

Depuis, deux autres émissions ont été réalisées. Des personnalités comme la députée Alessandra Mussolini ou l’avocat Nino Marazzita commentent publiquement l’affaire, et Sébastien Fanti, l’avocat valaisan de la famille, affirme que le président de la République suit le dossier. «L’ambassade italienne a demandé une entrevue officielle à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga», affirmait vendredi Nicola Mongelli.

Ses deux enfants ont été entendus vendredi après-midi par des pédopsychiatres italiens mandatés par leur avocat. «Si l’on prouve qu’une tierce personne est impliquée, cela constituera un fait nouveau à porter au dossier valaisan et permettra de repousser le délai de prescription de l’affaire, qui échoit en février 2012», projette Nicola Mongelli. Après une réunion qui s’est tenue jeudi soir à Sion avec ses avocats italiens et valaisans, il a décidé d’attendre les résultats des expertises italiennes avant de poursuivre ses démarches.

En Valais, le dossier mobilise depuis des années et plus personne ne croit vraiment à la thèse d’une agression par le chien. En novembre 2010, plus de huit ans après les faits, les Mongelli présentent à la justice un dessin réalisé cinq ans plus tôt par le petit frère de Luca. Ce dernier représente Luca agressé par trois personnes. La justice valaisanne mandate alors trois experts chargés d’analyser le dessin, mais les Mongelli contestent ces choix, argumentant qu’aucun d’entre eux ne parle l’italien. Ils recourent jusqu’au Tribunal fédéral, qui leur donne raison en octobre 2011. Et quelques semaines plus tard, c’est toute l’impressionnante machine médiatico-politique de la Péninsule qui s’emballe.

«Je peux déjà vous dire que la médecine légale a confirmé que l’hypothermie de Luca ne peut pas être expliquée par une agression par un chien», affirme Nicola Mongelli. D’autres aspects scientifiques vont être examinés, comme les traces ADN sur les vêtements de Luca, plus facilement détectables aujourd’hui grâce aux progrès technologiques.

Face à cette déferlante, la conseillère d’Etat chargée de la Justice, Esther Waeber-Kalbermatten, ne commente pas. Le procureur général, Jean-Pierre Gross, admet qu’il y a peut-être eu des erreurs au cours de l’enquête mais souligne que l’expert souhaité par la famille pour analyser le dessin a été contacté depuis plusieurs semaines. «Nous n’avons aucun intérêt à faire traîner cette affaire», affirme-t-il. «Le délai de prescription n’échoit pas dans deux mois, contrairement à ce que l’on entend, mais bien en 2017, puisqu’il s’agit de lésions corporelles graves. Je ne vous cache pas que l’hypothèse du chien nous a aussi surpris au départ, mais c’est le résultat de diverses expertises réalisées par des spécialistes compétents qui n’ont pas été remis en cause.» L’ordonnance de classement rédigée en 2004 mentionne la piste de trois adolescents dont les jeux auraient mal tourné, évoquée par le détective privé engagé par la famille. Tout comme celle d’un chauffeur de car, désigné là aussi par la famille. Aucun de leur emploi du temps ne coïncidait avec les faits.

Sous le coup de l’émotion, avec une pression médiatique énorme et une nouvelle émission prévue en janvier, l’Italie entend donner des réponses rapides. Ce dont se félicite Nicola Mongelli. Pourra-t-elle y parvenir sans conclusions hâtives? «Le chauffeur de bus soupçonné par les Mongelli au moment des faits a dû quitter Veysonnaz», souligne Jean-Pierre Gross, rappelant les dégâts que peut causer une enquête précipitée et surmédiatisée.

«Je ne vous cache pas que l’hypothèse du chien nous a aussi surpris au départ»