Justice

Le livre sur Jacqueline de Quattro reste interdit de diffusion

Le pamphlet à la couverture trompeuse écrit par Fabien Dunand contre la ministre vaudoise reste retiré de la vente. Jacqueline de Quattro a gagné lundi ses mesures provisionnelles

Le long commentaire à charge sur la carrière politique de la ministre Jacqueline de Quattro écrit par Fabien Dunand reste pour l’heure dans les cartons. Le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois a admis lundi les mesures provisionnelles requises par la conseillère d’Etat. Tant que la couverture ne sera pas modifiée, il sera interdit, sous peine d’amende, de publier, distribuer et promouvoir le pamphlet de 180 pages rédigé par le «corbeau» de l’affaire Orllati sous le titre Une conseillère d’Etat ne devrait pas dire ça.

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Le tribunal suit la ministre qui estime que la couverture prête à confusion, laissant à penser qu’elle en est l’auteure ou qu’elle cautionne ce brûlot. En effet, on y trouve une photo de Jacqueline de Quattro souriante, de face, dans son bureau.

L’auteur, un ancien journaliste et rédacteur en chef de 24 heures, est par ailleurs inculpé par la justice dans une affaire touchant justement Jacqueline de Quattro. Suite à l’envoi de courriers anonymes visant à nuire au groupe de construction Orllati, il a été prévenu pour diffamation, injures et menaces alarmant la population. Le groupe Orllati avait aussi déposé plainte pour calomnie. Depuis ce mois-ci, Jacqueline de Quattro et son secrétaire général sont à leur tour visés par une plainte pénale dans le cadre de cette affaire.

Devant la décision tombée lundi, les Editions Attinger et Fabien Dunand se réservent «le droit de saisir le Tribunal cantonal dans un délai de dix jours». «Le livre Une conseillère d’Etat ne devrait pas dire ça sortira malgré tout», déclarent-ils dans un communiqué commun.

Attente d’un procès de fond

«Formellement, les mesures provisionnelles doivent désormais être validées par l’ouverture d’un procès de fond, en étant présentées devant un juge», précise l’avocat de la ministre, François Roux, à l’agence ATS. «L’essentiel, c’est que l’ouvrage ne paraîtra pas sous sa forme actuelle.»

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L’éditeur lausannois Pierre-Marcel Favre commente cette décision: «Il existe peu de jurisprudence sur les couvertures de livres, la décision tient donc à l’appréciation du juge. Les premières de couverture doivent exposer le mieux possible le contenu du livre, ce qui n’est pas le cas ici, c’est ce qui veut semer le doute.»

Il n’aurait, lui, pas édité ce pamphlet. «Un livre doit avant tout nous intéresser, nous, éditeurs. Nous sommes à l’évidence au cœur d’un conflit entre deux personnes. Je ne trouve aucun intérêt à éditer de telles appréciations complètement personnelles.»

L’historien et spécialiste du PLR Olivier Meuwly n’a pas le souvenir d’un cas d’ouvrage similaire visant l’un de nos politiciens romands. «Dans le genre règlement de comptes, on se retrouve dans le style de la presse du XIXe siècle qui était beaucoup plus agressive. Les journaux étaient alors associés à une ligne politique et s’attaquaient entre eux, visant nommément les politiciens, ce pouvait être assez violent.» L’observateur soutient le choix du juge et ajoute que «Fabien Dunand peut s’estimer heureux que les Editions Stock ne se soient pas insurgées contre son titre emprunté à leur ouvrage Un président ne devrait pas dire ça».

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