C'est une constante de l'édition régionale: les auteurs jurassiens parlent aux Jurassiens de leur histoire. L'année 2003 n'a pas failli à la tradition. Ainsi, le poète et ancien juge fédéral André Imer, a-t-il publié sa remarquable Chronique de la famille Imer de La Neuveville, de 1450 à l'an 2000, aux Editions Intervalles. Agrémenté d'un impressionnant arbre généalogique, l'ouvrage a priori austère brosse le portrait de 117 membres d'une famille de notables qui a fortement marqué la vie de La Neuveville. Mais pas seulement, les Imer, notaires, pasteurs, avocats ou médecins, ont également laissé des traces dans les autres villes de la région, ainsi que dans l'ancien Evêché de Bâle. Auteur de la préface, André Bandelier, professeur à l'Institut de langue et civilisation française à l'Université de Neuchâtel, est admiratif devant le travail de bénédictin d'André Imer. «On y trouve toute la richesse sociale d'une petite cité durant plus de cinq cents ans.»

L'Association pour la sauvegarde du patrimoine rural jurassien (Aspruj) propose de son côté un éclairage historique très différent: en publiant le fac-similé d'un grimoire ajoulot rédigé en 1521 et recopié en 1846, Le Véritable Dragon rouge, elle entend démythifier la magie noire, composante importante de la culture ancestrale jurassienne. Son président, Pierre Froidevaux, est catégorique: «Ça ne marche pas.» Mais rien n'empêche le lecteur de s'essayer aux recettes qui doivent permettre de pactiser avec le diable, séduire les filles ou gagner à la loterie. Le Véritable Dragon rouge fournit l'exact et pointilleux processus. «Reconnaissons toutefois que le jeu n'en vaut pas la chandelle, relève l'ethnologue Yvan Droz, car les prescriptions des rituels sorciers sont bien difficiles à suivre.»

Mille pages pour le patois

L'enseignant ajoulot établi à La Chaux-de-Fonds, Jean-Marie Moine, fait lui aussi vivre la tradition, avec son Glossaire du patois (Editions Société jurassienne d'émulation à Porrentruy), un volume de 1000 pages pesant deux kilos et demi, qui recense des milliers de mots patois agrémentés de 25 000 notices. L'auteur y a consacré trente ans de recherche, d'écoute des anciens et de travaux sur les expressions patoisantes.

Les rayons des bibliothèques jurassiennes se sont alourdis en 2003 d'autres ouvrages traitant de l'histoire régionale: à commencer par Les années de braise, de Marcel Bréchet, aux Editions de l'Imprimerie jurassienne à Delémont. C'est d'abord la réédition de l'histoire du Rassemblement jurassien de 1947 à 1975, sortie en 1996 et épuisée. Complétée par un survol de la Question jurassienne depuis la création du canton du Jura jusqu'en 2003. Pour en conclure que le pari de créer en 1979 un canton de combat pour réaliser ensuite la réunification a été perdu.

Le photographe Jacques Bélat apporte une contribution originale à l'édification de l'histoire régionale: il a tiré le portrait de 218 des 230 habitants d'un village d'Ajoie, pour en faire une exposition et un magnifique ouvrage: Asuel l'humanité, aux Editions d'Autre part, à Delémont. C'est l'album de famille d'une petite communauté rurale. En apparence anodin, l'exercice vaut par ses détails, les regards, les vêtements et les attitudes, qui disent le destin, l'appartenance sociale et les émotions de ces anonymes villageois.

Figurent aussi dans le rayonnage des publications consacrées aux artistes à et l'art dans le Jura: la monographie consacrée au peintre bulgare établit depuis vingt-cinq ans dans le Jura, Liuba Kirova, lauréate du Prix des arts, des lettres et des sciences du gouvernement jurassien, et l'ouvrage à succès, Vitraux du Jura, réédité par Pro Jura qui a fêté son centenaire.

Créateurs

La création jurassienne a également été publiée. Aux Editions Bernard Campiche, le poète Alexandre Voisard propose ses Fables des orées et des rues, et un recueil de nouvelles, L'adieu aux abeilles et autres nouvelles. Dans L'étoffe des songes, Claudine Houriet invite à la déambulation dans les rues de Paris, au travers d'un barman retraité, confronté à la solitude. Enfin, dans Figures surexposées (Société jurassienne d'émulation), le peintre René Myrha et la romancière Rose-Marie Pagnard, complices dans la vie et la création artistique, font l'éloge de l'imagination et de l'illusion.