Loup sanguinaire, malheur olympique, avalanches meurtrières et psychodrame électoral: de quoi faire fleurir la polémique dans les maisons d'éditions.

«Echapper au malheur c'est déminer, désamorcer le lieu de l'origine, le lieu du drame… le lieu du crime.» Ça, c'est Jérôme Meizoz, universitaire spécialiste de Ramuz et écrivain né à Vernayaz qui l'affirme dans un opuscule – Morts ou vifs (Editions Zoé) – égrenant le chapelet pudique des deuils familiaux. Plus trivialement la production livresque locale en Valais a beaucoup tenté de déminer et de désamorcer l'actualité immédiate. Car des malheurs et des drames, grands ou petits, bouffons ou sérieux, le canton en a eu son lot en 1999. Et comme le Valaisan n'a pas pour coutume de mariner longtemps dans la rancœur, préférant réagir en vrai Méditerranéen, c'est-à-dire sur-le-champ, d'un bloc et le couteau entre les dents, aussi bien l'avalanche meurtrière d'Evolène que le loup sanguinaire d'Hérens, la plantée olympique du 19 juin ou la chute du notable radical Ribordy en octobre ont-ils donné lieu à des photos de librairie quasi instantanées. L'écrivaine Andrée Fauchère par exemple n'a pas attendu la fonte des neiges pour publier Evolène, 21 février 1999, 20 h 27 (Slatkine) ni la mort du dernier mouton pour invectiver la bête et tresser des couronnes d'édelweiss aux valeureux éleveurs «détenteurs de l'identité même du montagnard, homme libre et heureux» (Un loup dans la Bergerie des Arpilles, Slatkine).

Quant aux larmes de la Planta, elles n'étaient pas encore toutes sèches que le journaliste Vincent Pellegrini et le municipal sédunois Alain Cottagnoud tiraient déjà à boulets vengeurs sur le CIO et le Dr Kim, accusant dans Les anneaux déchus (Editions Saint-Augustin) – et sans preuve vraiment décisive semble-t-il – le bonze coréen d'avoir tenté de monnayer son soutien auprès de la candidature Sion 2006. L'annexe de l'ouvrage permet au passage de constater que les réactions les plus virulentes face au vote de Séoul ne sont pas venues du Valais, mais de Klagenfurt: «C'est une grande saloperie que notre candidature n'ait même pas été une fois discutée», s'exclamait ainsi à chaud le secrétaire général de Klagenfurt 2006, Dieter Janz. Quand au gouverneur de Carinthie, un certain Jörg Haider, il portait cette appréciation sur le CIO: «Tant que les momies régneront, il n'y aura pas de décision démocratique possible.»

Autre psychodrame, les élections fédérales d'octobre et le déclin inattendu du Parti radical, symbolisé par l'échec de Bernard Comby et surtout celui du député Adolphe Ribordy, stratège et maître à penser du parti, dont l'heure fédérale semblait enfin avoir sonné et qui échoua pour une poignée de listes sur le paillasson de la Coupole. Une mésaventure dont s'est immédiatement gaussé le journaliste Eric Fellay, dans une fable particulièrement venimeuse qui divisa le canton, Autopsie d'une claque (Ed. VB), et qui remettait en cause les mœurs politiques sauvages, tout en se félicitant que la jungle ait eu finalement la peau du grand Adolphe. Avec, en guise de morale, cette histoire valaisanne: «Dans un jour de bonté, en remerciement de la piété générale qui régnait dans le canton, Dieu s'adresse à un Valaisan et lui dit: «Tu peux me demander ce que tu veux et je l'exaucerai, mais à condition que je donne le double à ton voisin.» L'interlocuteur répondit: «Eh bien Seigneur, tout bien réfléchi, crève-moi un œil.»