Genève

ll ne reste à Pierre Maudet que des oripeaux

Le parlement genevois a levé l'immunité du conseiller d'Etat jeudi. Une semaine après qu'il a perdu la police et l'aéroport, ainsi que la présidence. Vendredi, Pierre Maudet a aussi renoncé à présider la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police

Pierre Maudet peut désormais se concentrer sur la justice, débarrassé, à son corps défendant, de la plupart de ses fonctions. Après le retrait provisoire de la présidence du Conseil d’Etat, et après avoir perdu les dicastères de la police et de l’aéroport, il a renoncé hier momentanément à la présidence de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP), remplacé pour l’intérim par le ministre argovien Urs Hofmann. Son immunité a également été levée jeudi soir.

Travail rapide du parlement

C’est une décision inédite dans l’histoire de Genève que celle qu’a prise le Grand Conseil à l’égard d’un conseiller d’Etat en fonction. Cette levée d’immunité ouvre la voie pour le Ministère public à le poursuivre pour acceptation d’un avantage lors de son voyage à Abu Dhabi. Même si cette décision a été prise à huis clos, elle n’a sans doute pas fait un pli. L’intéressé lui-même réclamait cette mesure, espérant par là pouvoir s’expliquer en toute connaissance de cause, puisqu’il aura ainsi accès à son dossier, et se défendre.

Le parlement genevois a travaillé rapidement, entérinant dans la foulée, en urgence et à l’unanimité, la réorganisation des départements proposée par le Conseil d’Etat la semaine dernière, la deuxième du genre. Il faut dire que cette affaire plombe le climat politique et institutionnel. Une seconde résolution, liée à la première, a passé la rampe. Emanant d’Ensemble à gauche, elle réclamait que Pierre Maudet soit dessaisi de la police et de l’aéroport. Ce que le Conseil d’Etat avait déjà fait quelques jours plus tôt, privant cette résolution de nouvelles conséquences.

Lire aussi: L’immunité de Pierre Maudet en six questions

Ensemble à gauche désavoué

Mais c’est le sort d’une autre résolution d’Ensemble à gauche qu’on attendait avec plus d’intérêt, appelant implicitement à la démission du magistrat. Le Grand Conseil n’a pas suivi l’extrême gauche, refusant de traiter l’ajout et l’urgence de cette résolution. Ce qui signifie qu’elle fera sans doute son retour à la session d’octobre. Mais ce qui signifie aussi que la gauche, le MCG et l’UDC, favorables pourtant à la démission de Pierre Maudet, ont désavoué Ensemble à gauche. Pourquoi? «Ce que l’on veut, c’est une résolution interpartis, hors du clivage gauche-droite, explique Thomas Wenger, chef de groupe socialiste. Mais si Pierre Maudet ne démissionne pas de lui-même, ou si le PLR ne prend pas ses responsabilités, ce genre de résolution reviendra à l’ordre du jour.»

Chez les Verts, qui se sont abstenus, on ne dit pas autre chose: «On ne veut pas se laisser enfermer dans une logique d’affrontement gauche-droite, explique Mathias Buschbeck, chef de groupe. Et puis est-ce au Grand Conseil de demander la démission, alors qu’il n’a pas la compétence de révocation?» Le président du PLR Alexandre de Senarclens se dit «satisfait que la gauche ne soit pas tombée dans le panneau d’une résolution inconstitutionnelle».

Ce refus temporaire du jusqu’au-boutisme ne mesure pas pour autant le soutien restant à Pierre Maudet. Nombreux sont ceux, à droite y compris, qui pensent qu’il finira par partir sans qu’il le lui soit formellement signifié. «Je pense qu’il doit démissionner mais que cette décision lui appartient, à lui ou à son parti, résume le président du PDC Bertrand Buchs. Elle ne concerne pas le parlement.» En revanche, ce refus traduit la volonté des partis gouvernementaux de ne pas polluer un peu plus un climat déjà délétère.

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