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Comment les lobbies font leur marché au parlement

Durant la législature qui s’achève, le nombre de liens d’intérêts déclaré par les parlementaires a fortement augmenté. Il est également supérieur à celui de la législature précédente. Le lobby de la santé reste très présent. Et celui de la fiduciaire a fait son apparition

Sous la Coupole, des lobbies hyperactifs

Parlement Les statistiques montrent que l’activité de lobbying augmente à chaque législature

Si certains élus font partie d’un groupe de pression avant leur élection, d’autres sont recrutés après coup

Le lobby de la santé reste très présent. Celui des fiduciaires a fait son apparition

Il y a ceux qui font partie d’un groupe d’intérêts avant de déposer leur candidature au parlement. Le libéral-radical Jacques Bourgeois dirigeait l’Union suisse des paysans avant d’être élu au Conseil national. Les socialistes Jean Christophe Schwaab et Corra­do Pardini étaient syndicalistes avant de siéger sous la Coupole. Si le Zurichois Hans-Ulrich Bigler souhaite être élu cet au­tomne, sous les couleurs du PLR, c’est pour y défendre les intérêts de l’Union suisse des arts et métiers, l’organisation des petits patrons suisses, dont il est le directeur.

Et il y a ceux qui se font recruter par les groupes de pression après avoir été élus. Ce cas de figure est le plus fréquent. Les statistiques en attestent. Le nombre de liens d’intérêts – qui disent pour quelle association ou entreprise un parlementaire est actif  – déclarés en début de législature est inférieur à celui qu’il atteint quatre ans plus tard. Le Temps a fait le décompte. A fin 2011, soit au tout début de la 49e législature qui s’achève cet automne, 1724 liens d’intérêts étaient annoncés sur le site du parlement fédéral. En janvier 2015, ce chiffre avait grimpé à 2025, soit 300 de plus. Il est supérieur au dernier recensement de la législature précédente, effectué à fin 2010.

Ce total comprend les mandats attribués par les grandes associations économiques nationales, les syndicats, les caisses maladie, les assurances, etc. Mais il inclut aussi une multitude de petits mandats souvent très locaux. Par parti, c’est le PLR qui vient régulièrement en tête du classement, en valeur absolue comme pour le nombre moyen de liens d’intérêts par parlementaire. Il précède le PDC, dont le recul entre fin 2010 et fin 2011 s’explique par le départ du Valaisan Paul-André Roux, qui cumulait à lui seul 60 mandats. En moyenne par député, le PS précède l’UDC, ce qui montre que les liens d’intérêts ne sont pas uniquement une affaire de droite.

La multiplication des mandats des parlementaires s’explique notamment par la diversification des intérêts à défendre: ils sont de moins en moins généraux et de plus en plus sectoriels. Parmi les lobbies les mieux représentés, il y a bien sûr les caisses maladie. Ainsi, le nombre d’élus liés au Groupe Mutuel a augmenté au fil des années. Pourquoi? «D’une part, il a fallu remplacer les membres de notre groupe de réflexion qui ont quitté le parlement à fin 2011, explique son porte-parole, Yves Seydoux. D’autre part, nous avons voulu intégrer les Vert’libéraux et le PBD, deux nouveaux partis qui défendent aussi la concurrence, dans ce groupe de réflexion. Celui-ci agit comme un conseil politique et réunit des gens intéressés par le sujet à qui nous apportons des informations et avec qui nous échangeons nos points de vue.»

D’une législature à l’autre, un autre changement notoire est à relever. Le nombre d’élus avouant un lien avec le monde bancaire a diminué. En revanche, les fiduciaires et les réviseurs ont intensifié leur présence au parlement. Trois associations, Fiduciaire Suisse, Expertsuisse et Veb.ch (qui représente les réviseurs), se sont dotées d’un conseil politique composé chacun de trois à six parlementaires, tous de droite à l’exception du socialiste Daniel Jositsch (chez Veb.ch). Fiduciaire Suisse a en outre désigné la conseillère nationale Daniela Schneeberger (PLR/BL) à sa présidence.

Selon un observateur, cette volonté de se rapprocher du monde politique serait liée aux nouvelles règles de la Finma sur les intermédiaires financiers. Membre de la direction de Fiduciaire Suisse, Daniela Haller assure que cela n’a joué aucun rôle. «Le conseil politique a été créé en 2012 afin d’établir et d’entretenir des contacts étroits avec les acteurs économiques, politiques, scientifiques et avec l’administration. En tant que politiciens actifs, ses membres représentent les intérêts de la branche fiduciaire grâce à leur réseau dans les deux Chambres. La politique joue un rôle de plus en plus important pour la branche», explique-t-elle.

Le PS précède l’UDC, ce qui montre que les liens d’intérêts ne sont pas qu’une affaire de droite

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